vendredi 21 décembre 2012

Le jour où le journalisme s'est (encore) arrêté


Première de ces "manifestations irrationnelles ne reposant sur rien": 
faire la Une d'un grand quotidien d'information. 

mercredi 19 décembre 2012

Oui, barrez-vous ! (et fermez la porte en sortant)


Il est venu le temps des pâtés de râles. 

Les entends-tu ? Ouin, je paie trop d’impôts ! Ouin, on critique la réussite ! Ouin, les gens sont méchants ! Ouin, on m'aime pas parce que j'ai trop d'argent ! En quelques mois, La France est devenue une contrée de pleureuses où le poids des larmes et le choc des trémolos sont médiatiquement proportionnels à l'importance du compte bancaire. 

Les patrons chialent. Les grosses fortunes se lamentent. Ces seigneuries, acteurs pétomanes multimillonnaires, rendent leur passeport sous les courbettes de journalistes ou chroniqueurs qui en feraient bien de même s'ils avaient l'once d'un centimètre cube de courage ou de talent pour aller exercer ailleurs (aux mêmes tarifs). 

Soyons justes: les classes moyennes grognent aussicomme toujours, et devine quoi : c'est encore la faute des autres, jamais la leur. Les seuls que l'on entend pas dans ce concert des rancoeurs, ce sont ceux qui en prennent vraiment plein la tronche, ceux vivant sous le seuil de pauvreté qui n'ont ni le temps ni les relais pour nous jouer le requiem des abusés depuis 6 mois.

Oui 6 mois.  Car, bizarrement et même s'ils précisent souvent qu'il n'est point question de politique, ces pleureuses supportaient bien mieux l’avènement d'un Sarkozy ou les 12 années de chiracquie précédentes que le dernier semestre socialiste. Au détour d'une niche fiscale sur le personnel de maison rabotée ou d'une restriction budgétaire sur leur dernière émission, nos meurtris découvrent la soudaine douleur de vivre dans un pays détestableles gens sont tendus. Scoop !

Pourtant je les comprends. Ce sentiment d'être à l'étroit dans un pays irrespirable et pas aimable  (qui s'il égalait le taux d'armement par habitant des Etats-unis pulvériserait probablement ses scores annuels de morts par balle), je l'ai bien connu de 16 à 36 ans. A vrai dire, après être passé par tous les stades de la colère, c'est ce qui m'a poussé à écrire.

Regarde donc ce qui est marqué sur la 4e de couverture de mon premier livre, écrit en 2005 (disponible ici à un prix dérisoire, noël approche):

"Tous unis les uns contre les autres au bord du ravin de la barbarie. C'est de l'air de son pays dont il souffre.... Son pays est devenu irrespirable." 

C'est beau comme du David Abiker.

Seulement voilà: pleurer ne suffit pas. La nouvelle antienne des maussades, c'est d'inviter les jeunes à se barrer d'une France "invivable". Pas vraiment un nouveau discours, ce dernier ayant de curieuses correspondances avec celui, culpabilisant, prôné depuis vingt ans sur nos écrans et voulant que les Français soient à l'éternelle traîne des autres pays dans tous les domaines.

Ça tombe bien. Comme je suis décidément en empathie, mais avec un quinquennat de décalage, avec nos pleureuses aigries: j'ai testé pour vous l'exil. Tel un disciple de l'Ifrap, en rage contre une patrie dont j'estimais qu'elle ma gâchait et, incité par la propagande du moment qui avant le modèle allemand vantait l'anglais, je suis allé voir ailleurs si l'herbe était plus verte. Je quittais, jurant que l'on ne m'y reprendrait plus, un pays gris aux rêves impossibles, une France à jamais condamnée à Drucker le dimanche et aux 35 heures le reste de la semaine. 

(C'est l'objet de mon 2e livre, disponible ici, non vraiment j'insiste: noël est imminent). 

Qu'ai-je conclus au terme de ce périple chez ceux qui semblaient à l'époque avoir "tout compris" juste parce qu'ils n'étaient pas nous ?
- Que l'Exil, sur ses seules raisons, n'a aucune imagination.

- Que dans cet ailleurs idéalisé, le schéma se redessine imperturbablement comme ici, avec des variantes mais souvent en plus violent, avec des pauvres d'un côté et de l'autre des riches qui leur font la leçon. 

- Que, re-scoop, ailleurs il y a des choses bien et des choses moins bien. Que le pays parfait n'existe jamais.

- Que le bonheur est d'abord là où sont les siens.

- Qu'un pays n'est que la somme des individus qui le compose. Que j'avais beau me considérer jusque-là sans nation fixe, je ne m'étais jamais senti aussi français que hors de France.

- Que ce n'était pas mon pays qui était exigu et invivable, mais moi. Qu'il fallait d'abord se changer soi avant de vouloir changer son environnement.

Pour en avoir discuter avec beaucoup de gens qui ont expérimenté l'exil, ou vivent encore à l'étranger, nous en arrivons à la même conclusion: Les Français manquent effectivement d'ouverture sur les autres pays et fantasment du coup énormément en négatif ou en positif sur les "modèles" étrangers. Un seul remède: il faudrait que chaque jeune, dans le cadre de ses études, puisse partir et travailler un an hors de France. Apres nous rediscuterions à tête calmée de la France  "invivable" (cache-sexe pour "économiquement pas assez libérale").

Que toutes nos pleureuses à 20K Euros mois, nos prophètes du déclin grassement payés pour rabâcher d'une onde à l'autre que nous le sommes trop, tous ces ce-pays-est-foututistes n'ayant  pour eux qu'un individualisme carnassier et des tombereaux de pessimisme pour les autres, ceux aussi qui te vendent de l'identité nationale d'un côté et de la culpabilité d'être français de l'autre, bref que ces dealers d'angoisses contradictoires à cynisme redondant appelant nos compatriotes à se barrer partent en premier et aillent voir là-bas si nous y sommes. 

Que la patrie compatissante avec leurs intolérables souffrances leur affrète des charters. On se débrouillera sans eux. Va savoir, on respirera peut-être même mieux. 

Moi je reste. J'ai appris à aimer les 35 heures, vise désormais les 32. Et Drucker n'est pas immortel.

Alors oui, je croise plus d'un abruti par jour qui me désole de vivre ici et il y a encore tant de choses pour lesquelles il faut se battre jusqu'au bout (logement et répartition des richesses pour n'en citer que deux), mais ce n'est rien rapporté à l'ensemble des gens vifs, érudits, enthousiastes, généreux que je rencontre, avec qui je vis, et la somme de ce qu'eux et leurs prédécesseurs ont construit avec du courage, de la sueur et du génie, une somme qui n'a pas de prix et qui s'appelle un pays.

J'essaye d'être bien en France, il reste du chemin, mais le plus gros a été fait depuis ce jour où j'ai décidé de ne plus avoir peur. 

dimanche 16 décembre 2012

Vivre et penser comme la droite: le cas Depardieu

Arrêtez-tout :  Gérard n'est plus français !

L'acteur Gérard Depardieu aura finalement tranché dans ce fameux débat sur "l'identité nationale" qui angoissait le camp politique pour lequel il faisait encore campagne au printemps dernier: Le fric n'a pas de patrie, et celui qui en possède un gros paquet peut se considérer au-dessus de la solidarité, de l'éthique et de la géographie.

Un peu plus tôt, dans un remake de Mammuth, l’interprète ivre de liberté filait sur son scooter à la recherche de l'Eden fiscal dans un bourg belge à 1.5 km de la frontière française, servant au passage de modèle pour les apologistes du "chacun sa gueule" à qui la seule évocation du mot "partage" donne la nausée.

S'estimant bléssé par le traitement qui lui est réservé en France, Depardieu franchit un cap (dans ce qui ressemble de plus en plus à une campagne marketing pour la baisse des impôts) en publiant une lettre ouverte à Jean-Marc Ayrault dans le JDD où il annonce qu'il rend son passeport français dans un style pompier mêlant Louis Jouvet et Sophie De Menthon.

"Je n'ai jamais tué personne, je ne pense pas avoir démérité, j'ai payé 145 millions d'euros d'impôts en 45 ans, je fais travailler 80 personnes [...] Je ne suis ni à plaindre ni à vanter, mais je refuse le mot +minable"".

En effet, quelques jours avant, le premier ministre qualifiait de "minable" la dérobade fiscale. Cet Ayrault est décidément trop policé. "Vivre et penser comme une merde" aurait été plus approprié.

"Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent en fait la différence doit être sanctionnée"

Non. A partir d'une certaine somme stratosphérique par rapport au revenu moyen des Français, spécialement dans une période où des efforts leurs sont demandés, il n'est pas scandaleux de reverser au tronc commun selon ses moyens quel que soit leur provenance, au contraire. Oui Gérard, ça peut paraître fou, mais on peut parfaitement bien vivre avec seulement quelques dizaines de millions par an.

"Des personnages plus illustres que moi ont été expatriés ou ont quitté notre pays. Je n'ai malheureusement plus rien à faire ici, mais je continuerai à aimer les Français et ce public avec lequel j'ai partagé tant d'émotions !"

...Qui ont contribué à m'enrichir (par les entrées en salle et une vraie politique fiscale de soutien au cinéma) mais pour qui je ne veux pas avoir à payer en bon gros égoïste de droite.

"Je vous rends mon passeport et ma Sécurité sociale dont je ne me suis jamais servi. Nous n'avons plus la même patrie, je suis un vrai européen, un citoyen du monde, comme mon père me l'a toujours inculqué"

Et bien... Adieu Gérard. On ne te retient pas[1].

Tes pets à répétition sur tournages ne nous manqueront pas, tes insultes aux travailleurs qui se battaient pour leur retraite non plus. Nos avions seront plus propres et nos routes plus sures. Sans compter que tu libéreras de la place pour plein d'acteurs talentueux dont tu faisais l'OPA sur les rôles et qui pourront ainsi s'enrichir puisque, derrière ta prose ampoulée, telle semble être la seule finalité de ton art.  Sois désormais célébré par tes fans de la nouvelle heure, nos crétins locaux qui pensent jouer dans la même catégorie fiscale que toi, alors qu'ils ne gagneront pas en une vie ce que tu gagnes en un mois.



[1] Petit point pratique. Etant donné la boulimie de films et de pognon de l'individu, il faudrait que l’industrie cinématographique wallonne lui offre de quoi tourner plus de six mois par an avec des cachets à 5 millions le film, ce dont, malgré la qualité du cinéma susnommé, je doute. Reste la piste de l'animation de banquets pour oligarques russes ou dictateur ouzbek. Une belle fin de carrière à la hauteur morale du personnage.

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mercredi 12 décembre 2012

Vers la baisse des salaires ?

"Un salaire minimum modéré fait probablement plus de bien que de mal."
in The Economist, 24.11.2012 (relevé par Laurent Pinsolle)

Il va falloir vous le rentrer dans le crâne. Si le second semestre 2012 a été celui du bombardement idéologique sur notre "manque de compétitivité" quasi exclusivement focalisé sur le "coût du travail" et aboutissant à un cadeau fiscal supplémentaire de 20 milliards aux entreprises financé par une augmentation de la TVA, 2013 sera l'année des salaires trop chers.

Mais pas ceux des patrons du Cac 40 dont on apprend la hausse de 4% en 2011 à une moyenne de 240 smics annuel (pour des résultats en baisse). Non, les autres, les nôtres, à commencer par le minimum garanti.

Mediapart nous apprend qu'un groupe d'experts, pour le moins orientés, chargés d'éclairer le gouvernement avant les mesures de revalorisation du SMIC au 1er janvier, préconise dans un récent rapport (à lire ici) de revoir le Smic à la baisse, pour commencer, puis de le dynamiter en se dirigeant vers un Smic à la carte. 

Principales recommandations du rapport:
- Fin de la revalorisation automatique du SMIC sur la croissance du PIB. 
(C'est bien la peine de tout miser sur des lendemains ne pouvant chanter qu'au seul refrain d'un retour de la croissance pour stipuler en bas de page qu'elle ne doit pas rentrer dans le calcul du salaire minimum. Bref, la récession est une bonne excuse pour subventionner les patrons en pleurs. La croissance ne doit pas en être une pour augmenter les travailleurs).

- Fin de prise en compte du facteur de l'inflation dans le calcul du Smic avec orientation vers des "coups de pouce" (à l'image de ce qui a été fait par Hollande à son arrivée) plus conforme "à l’intérêt conjoint des salariés et des entreprises qui les emploient". 
(Rappel des bases: l'intérêt du salarié c'est de toucher un salaire, l'intérêt de l'entreprise c'est d'économiser sur ce salaire).

- Régionalisation d'un "smic jeune", ouvrant un dumping à l'intérieur même de nos frontières. Un vieux désir du patronat.

En décodé, ce rapport dessine la fin du salaire minimum et invite l'Etat à se désengager de son contrôle sur le Code du travail, pour qu'il se cantonne à la seule gestion de la casse sociale ainsi provoquée. Guérir en surface au lieu de prévenir les blessures.


Reconnaissons au gouvernement Ayrault qu'il n'esquive ni la question de la pauvreté ni celle du chômage. A la différence des premières années du quinquennat Sarkozy où les chiffres étaient systématiquement biaisés, adoucis, omettaient des catégories dans ses calculs. Maintenant, tout est vu de face dans la globalité et l'on n'hésite plus à parler de 5 millions de chômeurs, à assumer des perspectives négatives dans le domaine pour au moins toute l'année 2013. En revanche, la question des salaires est systématiquement piétinée, classée à la rubrique "toujours plus d'effort et c'est pas possible de faire autrement". Peur, manque d'imagination, paresse idéologique, influence d'une expertise économique unilatérale ? Le cocktail des quatre probablement[1].

Toujours est-il que, vu le poids argumentaire dont est porteur le chômage de masse pour presser toujours plus le travailleur sur son emploi du temps et sa non-augmentation, on s'interrogera sur l'innocence de cette exposition gouvernementale "sans tabou" du chômage et de la précarité au moment même où, dans l'ombre, lui est remis un rapport d'un ultralibéralisme décomplexé qui aggravera la situation sur ces deux fronts.

[1] reste ce mystère des mystères: comment des gens sensés peuvent-ils se persuader qu'il est possible de relancer la croissance en diminuant les salaires ? 

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mardi 11 décembre 2012

50 nuances de givre


" -  Regarde comme il est trop beau !"

Sur le chemin, Alissa slidait ses instagrams sur le S3 jusqu’au cliché du frigo américain. Massif, le  ténébreux monolithe gris mat semblait garder jalousement derrière ses deux portes doublées inox une galaxie d'opulence alimentaire. Ses ténèbres anthracites, rehaussées du délicat rétroéclairage indigo cerclant le distributeur de glaçons, se calaient à la perfection dans la déco, façon salle d'autopsie NCIS, de la cuisine de la jeune assistance adjointe.

" - C'est pas superbe ça ?"

Alissa brandit les preuves téléphonées de son succès d'intérieur à Sidonie, sa responsable un peu ballonnée par la pause déjeuner expéditive, pour cause de manque d'effectif, au Speedy Tacos en face du bureau. Tout en s'interrogeant sur les ressorts psychiques pouvant conduire une jeune fille d'apparence équilibrée à prendre des portraits arties de son frigo pour en faire l'article à ses collègues et en tirer là le sentiment d’avoir accompli l'œuvre d'une vie, mais sentant bien que face à l’exposition soudaine de cette plénitude domestique les codes du savoir-vivre salarial préconisaient une approbation circonstanciée sous peine d'avoir à subir une ambiance de merde pour le reste de la journée, Sidonie ne trouva rien d’autre à répliquer que:

" - Oh oui alors, il très beau." Au terme duquel elle contint, non sans mal, un rôt saveur fayot.


Tout à son extase, Alissa ne décela pas la pointe d’ironie de sa supérieure hiérarchique cadençant leur avancée vers la rembauche d'un pas pressé.

"- Avec Thierry, on l’a payé 649 euros !"

Sidonie songea que sur un salaire de 1200 euros, et même avec l’apport de son homme de compagnie, 649 euros constituaient tout de même une putain de somme pour Alissa. Ce proxénète de Sofinco avait encore dû prendre le relais des désirs électroménagers de la jeunette en CDD. Fallait-il y voir les indices d'une libido chamboulée et le bouillonnement des passions provoqué par ces catalogues aux photos léchées pilonnant nos boîtes à lettres de leurs assauts érectiles ? Toujours est-il que Sidonie sentit poindre sur les lèvres d'Alissa une jouissance à peine dissimulée à la prononciation de cette phrase: 

" - Tu te rends compte: 649 euros !"

Ce à quoi Alissa ajouta avec l'assurance de faire mouche.

"  - Alors qu’il en vaut 1070 !"

Il en allait du frigo comme de l’accession à la propriété, le montant acquitté véhiculait un message capital. Il fallait que ce soit assez cher pour que la chose acquise n'apparaisse pas dévaluée aux yeux de l'interlocuteur, qu'elle impose le respect et vous place dans le camp des riches. Mais, il convenait dans le même temps de "faire une affaire" pour vous rassurer et prouver à l'entourage la supériorité de vos décisions sur le commun des mortels achetant, eux, à n’importe quel tarif sans passer soirs et journées à comparer, les inconscients. Reconnaissance sociale et affirmation de soi évoluaient dans l'enclos fermé d'une consommation calibrée. Ils dépensaient pour exister comme les autres, tout en affirmant dans la seconde d'après que, faisant ainsi, ils économisaient plus que les autres, forcément. Voilà qui, du bureau aux réseaux sociaux, des amis à la famille, meublait 70% des  conversations du monde de Sidonie. Le reste se dispatchant entre le descriptif de la dernière excursion en pack familial chez Disney, les +1 compulsifs des blagues anti-Hollande les plus éculées et la complainte sous forme de statut facebook d'avoir à payer trop d’impôts pour ces profiteurs d'assistés.


Dans le hall aux arbres en plastique du building de bureaux, Sidonie observait sans mot dire l'assistante adjointe dissertant sur la "révolution" du tiroir à agrumes connecté en wifi avec le panier virtuel de ses courses en ligne, dont elle avait dû par ailleurs ralentir fréquence et quantité car "la vie est vraiment trop chère". L’économie avait beau marcher sur la tête, les salariés stressés sauter par les fenêtres et les taux de perte, nommés "clodos", mourir de pauvreté dans nos rues: les stratèges de la publicité l’avaient finement joué. Les enfants de la croissance atone, ballottés volontaires d’un job à l’autre toujours moins payés, s’échangeaient désormais avec concupiscence les photos de leurs intérieurs aseptisés tels les diplômes encadrés du rêve américain enfin décroché.

Certes, le frigo américain ne s'obtenait qu'au sortir d'une confection asiatique au rabais dans un atelier d'esclaves et grâce au soutien intéressé d'un crédit à la conso bien français, tandis que la cuisine américaine, elle, n'était qu'une ruse immobilière pour construire une pièce de moins et habituer le locataire à vivre dans plus petit, mais Alissa puisait dans ces preuves de dépenses, chères mais pas trop, la force de continuer à croire en son élévation.  

Sidonie vagabondait en pensées sur ces amères ironies tout en pointant sur ce robot importé  rapportant l’assiduité des employés.

Les deux collègues redevinrent sérieuses alors que l'ascenseur les rapprochait du floor de leurs offices. La responsable vente secteur 6 repris mentalement le cours des affaires à traiter en TTU, "très très urgent", comme inscrit dans un courriel matinal lapidaire et néanmoins bourré de fautes d'orthographe posté par sa supérieure régionale, et notamment la question de l'annonce à 8 salariés de la non-reconduction de leur CDD. 

Liste en tête de laquelle figurait le nom d'Alissa. 

La douce voix synthétique leur annonça le bon niveau. Les deux collègues s'échangèrent un bref sourire de réconfort. Laissant d'abord s'échapper le souffle froid de la climatisation, les deux portes en inox gris glissèrent laissant apparaître le bac aux employés.


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- L'ordre des choses
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Ça s'en va et ça revient

Illus : 2001 a space odysseyAlex Greenberg.

lundi 10 décembre 2012

Le bonheur en promotion


La dernière campagne publicitaire de la Française des jeux a pour objet les déboires quotidiens des gagnants du Loto. Plus que les 4 autres films de la série, le spot le plus diffusé à la télé, intitulé la piscine, véhicule des messages en rupture avec le discours dominant sur le travail et révélateurs du désarroi d'une époque sans autre idéal que l'accumulation maladive de pognon. (Visionner le spot ici).

Plan fixe. Dans un cadre pavillonnaire haut de gamme, un type en short, assis au bord de sa piscine, appelle un de ses amis au téléphone:

"- Allo Mathieu ? Oui c'est moi. Ça va ? Dis qu'est-ce que tu fais là ? Ça te dit de venir avec moi faire un petit plongeon dans la piscine ? Elle est super bonne."

Silence. Nous n'entendons pas la réponse de Mathieu, mais on la devine à la réaction du héros qui, hésitant, entre vantardise et regret, fait le constat tristement con de sa nouvelle solitude.

"- Ah oui tu bosses, ...tu bosses. Excuse-moi. Ah mais on est quel jour là ? ...Mercredi. ...Evidemment."

Qu'apprends-t-on de ces 15 secondes de réclame censées provoquer l'achat d'un billet de loterie par un spectateur qui, si l'on s'en tient à la logique de l'accroche finale du spot "la vie de gagnant réserve parfois quelques surprises", est à l'inverse bloqué dans une vie de loser ne lui en réservant aucune?

1 / Il est certifié que la vie de riche est synonyme de solitude
Derrière sa détente apparente, le "gagnant" conclut le spot de la piscine dans une situation de détresse plus prononcée qu'au début. Le spot est fait pour vendre: il a donc été décidé au terme des 1200 brainstorming ayant précédé sa réalisation que les signes extérieurs de la richesse (piscine, voiture, yacht suivant les spots) priment sur l'humeur. L'avoir compte plus que l'être. 
4 des 5 films mettent en scène le "gagnant" seul (ou avec quelques domestiques). Un spot présente "le gagnant" avec un ami, mais dans une voiture à deux places ne lui permettant pas de prendre à ses côtés une auto-stoppeuse. Oui, précisons que le "gagnant" des 5 spots est toujours un homme blanc, célibataire, entre 30 et 45 ans.

2 / Il est prouvé par défaut que le travail ne paye pas. 
Cette publicité serait-elle plus pertinente que des (rares) heures de reportage sur le sujet des salaires trop bas? Son contenu caché (le Mathieu de l'autre côté de la ligne) se fracasse contre les discours politiques et autres éditoriaux sur le "manque de compétitivité" du salarié qui lui serinés d'un média l'autre depuis le 6 mai. Rappel: le "manque de compétitivité" est une formule à connotation scientifique martelée pour progressivement faire accepter au travailleur (l'invisible Mathieu) qu'il baisse sa rémunération et soit plus flexible. C'est un effort nécessaire non pas pour le bien de la collectivité (le message ne passerait pas), mais pour "l'économie du pays". Un bombardement lexical réussi si l'on en croit un récent sondage Ipsos établissant que 76% des Français jugent que la France (donc eux) n'offre pas un environnement assez compétitif.


3 / Des messages d'émancipation contradictoires. 
Ces spots sont diffusés à proximité des tranches d'information. L'inactivité y est généralement vue comme la source de tous les vices (sociaux, moraux et économiques). A l'inverse, dans le spot de la FDJ, l'inactivité est l'aboutissement absolu lié au fait d'être débarrassé du travail. 
Le vrai problème n'est pas de travailler ou pas. L'inactivité n'est pas tenable bien longtemps. Nous sommes tous faits pour accomplir quelque chose (thèse que cette publicité sur les méfaits du "rien" valide implicitement). La question primordiale pour se sentir bien est d'être reconnu et considéré pour ce que l'on fait. Pour les salariés, la rémunération est, au minimum, l'élément clé de ce sentiment de reconnaissance (spécialement dans un monde qui a fait des valeurs marchandes et des moindres objets de la consommation courante des impératifs à acheter pour affirmer son statut social et son appartenance à la société). 

4 / L'accumulation d'argent est une affaire intime qui ne se partage pas.
Imaginons une réclame mettant en scène un gagnant du loto qui créerait une entreprise, reprendrait Florange, s'autoriserait à être généreux, partagerait sa maison avec les clodos du coin, distribuerait des camions de nourriture aux déshérités, dilapiderait tout son pognon en une semaine dans le souci exclusif de faire plaisir aux autres avant de retourner au boulot le lundi matin. Attention danger. Elle est loin l'époque de "Mais c'est le jeu ma pauvre Lucette" du gentil couple de retraités faisant tourner au hasard une mappe monde pour choisir la destination de leur prochain week-end en amoureux. Aujourd'hui, c'est tout pour ma gueule. Moi, mâle, je me gave seul des apparats d'une vie de luxe, quitte à m'emmerder comme un rat mort. C'est le prix à payer pour être heureux.

5 / Pauvre con isolé tu étais, riche abruti solitaire tu resteras.
L'inactivité des cinq spots de la FDJ se circonscrit dans le cadre exclusif des codes génériques du luxe façon M6 (le yacht, la piscine, la voiture de course) et des vacances de catalogue trois étoiles, mais en version sans fin. Les vacances ne se définissent pourtant que par rapport à une activité. Des "vacances" sans perspective de retour à l'activité (salariée ou pas), ce n'est pas l'ennui, mais l'enfer. 

Les mécanismes des publicités de la Française des Jeux sont simples. Ils ratissent au plus bas des fantasmes associés à l'obtention de grosses quantités d'argent tout en esquivant les problèmes que ces sommes peuvent concrètement résoudre (santé, mal logement, endettement). Les seuls échos de réalité concernent un monde du travail, lointain, considéré comme contraignant et peu rémunérateur. Le principe n'est pas nouveau, mais poussé ici d'un cran dans l'opposition entre "gagnants" et travailleurs (100% des perdants qui, selon les télévangélistes de la rigueur obligée, gagnent pourtant trop). 
La publicité s'enfonce également un peu plus dans l'absurde de l'époque[1] au point de faire des désordres intimes provoqués par l'accumulation de sommes indécentes, le corps de son message. Vantant le gain d'une maxi cagnotte, le spot de la piscine démontre quasi explicitement que l'argent ne fait pas le bonheur. Le corps social n'ayant guère plus d'imagination que l'accumulation individuelle maximale de pognon, il ne faut pas compter sur la publicité pour aller plus loin.

Gagnant, perdants. Tous à vos antidépresseurs.

[1] Rappel: tout l'argent pour une poignée piétinant l'ensemble des autres à qui les sacrifices sont imposés.

jeudi 6 décembre 2012

Les nouveaux sorciers

C'est avec tristesse que nous apprenons la suppression de l'émission de vulgarisation scientifique C’est pas sorcier! sur le service public. Fred et Jamy seront remplacés dès la rentrée par l'équipe enjouée et pédagogique d' une nouvelle émission de vulgarisation économique.
Au programme. Des croquis, des mots simples et un objectif : démonter le code du travail.

lundi 3 décembre 2012

L'appel de Duflot : Dieu est partage

"Je nourris un pauvre et l'on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n'a pas de quoi se nourrir et l'on me traite de communiste". Dom Hélder Câmara, 1909-1999, archevêque d'Olinda et Recife[1].

Dans la foulée de s'annonce de réquisitions de logements vacants avant la fin de l'année, Cécile Duflot en appelle à la solidarité de l'Eglise pour qu'elle mette à disposition certains de ses bâtiments non utilisés.  

"J'ai bon espoir qu'il n'y ait pas besoin de faire preuve d'autorité. Je ne comprendrais pas que l'Eglise ne partage pas nos objectifs de solidarité" affirme la ministre dans un entretien au Parisien.

Le Canard enchainé a récemment constitué un dossier sur les biens quasi vides de l'Eglise catholique à Paris. On en retrouve les meilleurs morceaux iciLa liste est accablante: des hectares inoccupés ou presque  dans les coins les plus chers de la capitale. Exemple, le terrain de 1 hectare des "petites soeurs des pauvres" du Boulevard Murat. Je connais bien: ma chambre de gamin donnait dessus et le truc était déjà quasi désert dans les années 70. Le Canard nous apprend qu'une négociation pour y faire construire des logements sociaux a capoté par la faute des paroissiens du quartier multipliant les recours en justice. Un combat reprit par les riverains (pas vraiment dans le besoin) et Vincent Bolloré (voisin de Carla B. à la Villa Montmorency à 500 mètres de là) qui propose aujourd'hui de reprendre le terrain pour s'assurer de la tranquillité du coin (comprendre : dehors les gueux à l'année). 

Certains qui ne sont pourtant pas les derniers à vouloir que l'Eglise se mêle des affaires de l'Etat, s’insurgent que l'Etat s'occupe des affaires de l'Eglise.

Panorama des réactions glanées ce matin, dans les commentaires des journaux ou sur les réseaux sociaux, suite à une efficace et virulente riposte des RP de l'Eglise catholique:

- "L'église s'occupe déjà des pauvres". Vrai. Heureusement qu'il reste des gens se souciant au quotidien de leur prochain, qu'ils soient de l'Eglise ou non. Là on parle d'hébergement: un pas plus loin dans  l'amélioration prolongée des conditions de vie (le coeur du problème, ce sont les biens inoccupés à l'année). Profitons-en pour rendre hommage à l'Abbé Pierre qui aura contribué avec son "insurrection de la bonté" au sursaut national sur le sujet dans les années 50 (au passage, à l'origine de l'interdiction de l'expulsion locative pendant l'hiver). Aujourd'hui, à part pour casser du mariage gay, on entend peu les pontes de la chrétienté et leur fan-base passer à l'offensive dans les médias.[2]

- "Pourquoi Cécile Duflot ne commence-t-elle pas par donner son bureau aux pauvres ?" Ça vient en personne de Monseigneur Dubost, évêque d'Evry. Derrière la puérilité du propos, se cache néanmoins une réalité: la vacance d'une bonne partie du patrimoine foncier national. Il aura pas échappé à Monseigneur que c'est également au programme de la Ministre et qu'il est prévu une cession gratuite de terrains de l'Etat pour la construction de logements sociaux

- "Mais pourquoi Cécile Duflot ne demande pas aux banques de céder leurs biens inoccupés ?" J'imagine qu'elle le fait aussi. Notons que ces organismes se sont déjà délestés d'une bonne partie de leur parc immobilier et que, si l'Etat et le clergé se mettent de concert à céder gratuitement du foncier, ça ne peut que contribuer à baisser la côte des biens privés autour. Remarque, tu me diras: c'est peut-être ce qui cause un problème à ceux s'insurgeant aujourd'hui contre l'appel de Cécile Duflot.

- "Mais pourquoi ne pas demander aussi aux juifs et aux musulmans ?" Si si je l'ai lu. Étonnante revendication de la part de ceux qui en appellent en permanence aux fondations chrétiennes de la France. Au niveau du parc immobilier, cette réalité est incontestable. Derrière les terrains et bâtiments vides dans les grandes villes, se cache également la question des églises et autres presbytères dans chaque village de France. (Vu cet été dans un village de 400 personnes dans le Saumurois avec deux églises, et j'en connais plus d'une en totale inactivité). Alors que l'on nous rabâche les oreilles avec le manque de compétitivité des individus, interrogeons-nous d'abord sur le manque de compétitivité du bâti au m2. Et là, l'Eglise est très mal placée. Il y aurait peut-être, au minimum, un début de réflexion à accomplir sur l'optimisation de l'espace et de ses usages.

La question du logement doit transcender les intérêts particuliers des uns et des autres. Cela doit être un effort collectif. A bien y regarder, l'effort ici n'est pas bien méchant: rendre disponible des terrains vacants, ouvrir les portes de biens inoccupés. Bref, faire preuve de solidarité. Mais, à l'hiver 2012, il semble que ce soit devenu une hérésie même pour ceux qui se réclament d'un Dieu qui, soyons mystiques trois secondes, doit souvent les regarder consterné.

La lettre de Cécile Duflot à lire ici

[1] merci à Omer pour la citation ;)

[2] Conseil: d'un pur point de vue de com', en cédant quelques bâtiments, l'Eglise gagnerait en image ce qu'elle perdrait en foncier.

vendredi 30 novembre 2012

Apocalypsimmo 18: La contre-politique du logement de David Pujadas

Certains mots dans le débat gouvernemental provoquent mécaniquement des tirs de barrage médiatiques. 

"Nationalisation" en est un. Dans nos JT, il est souvent précédé d'un "la menace de" comme l'alerte terroriste ou sanitaire. 

"Réquisition" en est un autre.

La ministre du Logement, Cécile Duflot, annonçait hier la réquisition de logements vacants avant la fin de l'année. La mesure s'appliquera à trois territoires (les zones les plus tendues) et ne concernera que des bâtiments appartenant à des personnes morales. Il faudra vérifier l'application concrète, mais c'est déjà un signe fort à même de chahuter les certitudes foncières de quelques-uns.


Signe qui n'a pas échappé au journal télévisé de France 2 passant pour l'occasion en Def Con 1,  mode : touche pas à ma propriété.

Jeudi à 20h. Pour illustrer l'annonce ministérielle, David Pujadas et sa rédaction proposent un sujet sur "l'enfer des propriétaires" (sic) vivant sous le joug des locataires indélicats (16.50 sur ce lien). Dans un pays qui compte 800.000 très mal logés, 200.000 personnes à la rue, 10 millions touchés par le mal-logement, où plus d'un tiers des 18-30 ans désignent le logement comme l'élément le plus prioritaire dans leur situation personnelle (avant de manger ou trouver un travail), où tu ne peux dégoter un 20m2 à la location sans afficher 6000 euros de salaire, un CDI sur trois générations avec l'ambassadeur du Qatar pour se porter caution: voila un drame de société de la plus haute représentativité. 

(Rentabilité à moins de 2 chiffres, confusion dans les trousseaux de clefs, avoir des gueux sur ses terres ? Les drames cachés de cette face méconnue du mal-logement qu'est la multipropriété)

Introducing Laurent, jeune propriétaire qui vient d'acheter "un appartement de 100m2 dans une résidence cossue" de Paris et qui donc, conformément à une enquête récente d'un courtier attestant que les primoaccédants ont quasiment disparu des agences immobilières et que les transactions ne se font plus qu'entre possédants, a vendu son précédent appartement pour acheter le nouveau. Problème: il l'a acheté avec des locataires dedans (un couple et deux enfants). Ces derniers payent leur loyer, mais n'ont pas trouvé un autre toit et ne partiront pas tout de suite. Pire, ils sont protégés par la trêve hivernale. Laurent, lui, doit rendre les clés de son précédent appart, là maintenant. 

(Spirit of Augustin Legrand by Nexity)

Proprio et (risque d'être) SDF: Monde de merde, ma brave dame! Bon, Laurent empoche un loyer et, vu qu'il a fait sa transaction dans une ville qui prend du +10% par an, il a dû faire une petite PV pas trop pourrie. Donc, je community-manage mes larmes en mode "Hey ho mollo Calimero !". Mais la rédac' à Pujadas en a décidé autrement (solidarité entre proprios peut-être ?). La séquence émotion démarre sur les chapeaux de roue. 

LAURENT LE PROPRIO
- Je suis à la rue avec mes trois filles et ma femme.

Notons que Laurent dispose de quelques aptitudes en marketing: impression de tracts distribués dans le quartier, relooking façon enfant de Don Quichotte et grève de la faim sous la tente Quechua devant le bel immeuble à palmiers, délation auprès des voisins sur le train de vie supposé du locataire "vous vous rendez compte, il roule en A6" et reprise dans de nombreux médias (Le Figaro, Metro, France Infos, France 3, M6) jusqu'au JT de France 2

Le JT nous lâche au passage son infographie sur ces fourbes locataires qui connaissent sur le bout des doigts une loi complice de leurs forfaits. 

(Conformément à la loi sur la présomption d’innocence, le locataire apparaît sans menottes)

Sur que les propriétaires, eux, ne connaissent rien aux subtilités des 312.000 niches disponibles pour défiscaliser, tout en spéculant, dans l'immobilier et ainsi tripler leurs revenus pépères sur le dos des locataires (qui sont probablement aussi ces travailleurs pas assez compétitifs et payés trop chers des autres sujets du JT) en leur refourguant taudis ou placard à chaussures à des tarifs monégasques

Comme le cas de Laurent à quand même un arrière-gout de nappage chantilly-fraise au grand buffet de l'"enfer", le journaliste sort de sa poche le joker de la vraie galère: une autre propriétaire vivant "un cauchemar" à cause de son locataire. 

Changement de décor. Il s'agit ici d'un studio "cassé" par un salopiaud qui n'a pas payé son loyer durant deux ans. 

(Commentaire du JT : "Un cauchemar pour la propriétaire démunie
présenté en situation avec son avocat à 200 euros de l'heure)

Pas la même surface, pas les mêmes clients, pas la même finalité (l'appartement de Laurent est une résidence principale, le studio de madame est une rente): le seul point commun du reportage est la jérémiade de deux propriétaires torturés par leurs locataires, ces riches assistés sans gêne au train de vie indécent (qui pour certains vont jusqu'à vivre la vie de château dans des 8m2 voire plus). 

Ce sujet, totalement hors sujet rapporté à la nouvelle qu'il est censé illustrer (la réquisition) est  diffusé le lendemain d'un autre reportage "logement" (19.00 sur ce lien) dans le JT de France 2. Oui, la veille David Pujadas proposait de passer le blocage des loyers de Cécile Duflot "au banc d'essai". Un reportage affirmant que "les propriétaires n'ont pas attendu le blocage pour inverser la tendance"  (Information démentie par l'observatoire des loyers Clameur : +2.4 % pour les loyers depuis le début de l'année, plus que l'inflation). En conclusion, France 2 y recueillait à nouveau le témoignage d'une bâilleuse parisienne. Rageant de ne pas pouvoir augmenter le loyer (1500 euros pour 80m2 soit "30% en dessous des prix pratiqués"), l'indignée va vendre son appartement.

(Le blocage des loyers. Contreproductif ou sans effet ? Bah, dans le doute, les deux.)

Deux sujets logement sérieusement orientés pro-rente et pro-capital à 24 heures d'intervalle: un déformant la réalité, l'autre surexposant des exceptions alors que l'on compte infiniment plus de mal-logés que de propriétaires abusés: n'y aurait-il pas ici comme dans l'idée de saboter les annonces et les mesures du ministre du Logement ?

Certes, mal-logement et JT s'articulent souvent sur le même paradigme: pleurer sur les situations des démunis (le spectacle des autres) et, lorsqu'un semblant de début de solution radicale est envisagé pour le plus grand nombre, en exposer immédiatement la dangerosité (pour les intérêts du public cible). Il en revanche regrettable qu'on pratique de même sur le service public à la rubrique "information".

Rassurons-nous. La météo sera bientôt suffisamment rude pour que Pujadas lance ses journalistes à la poursuite des marronniers de fin d'année sur les premiers "morts de la rue" (et pas du manque de logement, tu saisis la nuance ?) dans des enquêtes de terrain au bord du périphérique auprès de types de 30 ans qui paraissent 60, sans toit en semi-coma, à qui ils demanderont, déculpabilisés par le sentiment d'accomplir un devoir d'information:

"- Alors vous avez froid ?" 

Articles connexes : 
- Pauvre petit propriétaire
- Eric Zemmour et la menace HLMiste
- SOS Proprios en détresse
- Capital, comment faire passer un désordre immobilier pour un "bon plan" logement ?

mercredi 28 novembre 2012

Pierre Moscovici et les blogueurs : Ceci n'est pas de l'austérité


18h50. Alors que j'enfile mes pièces jaunes dans cette machine qui a remplacé un emploi de guichetier la station de métro Bercy, la dame d'une soixantaine d'années, bien habillée et maquillée, me demande de la monnaie:
 
LA DAME
" - Regardez, il vous reste 50 centimes. C'est la moitié du prix d'une baguette. Avec ça, je mange ce soir."

MOI
" - Je sais"

Voilà dans quelle disposition mentale, je me rends à la "rencontre numérique" entre le ministre de l'Economie et des Finances et les blogueurs se tenant quelques mètres au-dessus. Ayant déjà rencontré Pierre Moscovici deux ans plus tôt, je sais à quoi m'attendre, même en petit comité 2.0, et ne table pas sur un autre discours que celui tenu sur les ondes[1]. 


Face aux dix twittos et blogueurs[2], le ministre nous confie qu'il entame "une bataille de communication" où il s'agira de faire "plus de pédagogie" sur son action et les chantiers en cours, notamment celui de la Banque Publique d'Investissement qu'il veut opérationnelle pour janvier 2013. Devant notre retard à l'allumage, il se lance dans un préambule synthétisant son premier semestre au ministère autour des trois axes de sa "cohérence stratégique": la réduction de la dette ("afin de donner une marge de manœuvre à la France", l'Europe et la compétitivité. 

...et vise les 0.8% de croissance pour 2013 et l'inversion de la courbe du chômage avant fin 2013 et de la dette en 2014.

Bref, ça va pas être trop la peine de la chauffer sur le protectionnisme, le partage du travail ou le carcan de l'euro. On peut juste tenter de le chercher un peu, en le poussant à se justifier sur les questions qui nous fâchent. Tout le monde a d'ailleurs un peu les mêmes:

Retour sur trois thématiques abordées.

1 / La bonne fin de l'utilisation du crédit d’impôt aux entreprises.
Au regard des aides fiscales dont elles bénéficient depuis 30 ans sans effet sur l'emploi, avec le package à 30 milliards (en partie financé par une hausse de la TVA) les entreprises vont-elles vraiment se mettre à investir et embaucher en France ? On peut en douter vu le peu de garanties demandées. 

Serein, Le Ministre ne cache pas la dimension de "pari" de la mesure. "Il y a patrons et patrons" [...] le patron d'une PME n'est pas quelqu'un qui adore se délester de l'emploi". S'il est avéré qu'une entreprise se rend coupable d'évasion fiscale, elle ne pourra pas bénéficier du crédit d'impôt, ajoute-t-il. Il annonce la mise en place d'un "vaste plan de lutte contre la fraude fiscale" avec l'objectif de... récupérer un milliard (Une goutte d'eau comparée aux dizaines de milliards qui échappent au fisc chaque année, dans un contexte où les stratégies d'optimisation fiscale des grandes entreprises sont peu évoquées pour expliquer les écarts de compétitivité entre pays[3]). P.Moscovici veut également réformer l’impôt sur les sociétés (alignement des PME et des grosses sociétés) avant la fin du quinquennat.


2 / Le pataquès des #geonpi.
Comment et pourquoi avoir cédé à 30.000 likes Facebook manipulés par des exilés fiscaux ? Et de la pertinence d'avantager fiscalement les cessions d'entreprises ?

"- Moi je ne suis pas droit dans mes bottes" lance-t-il en faisant référence à Alain Juppé. Selon le ministre, le projet était "mal calibré" dès le départ. Bizarrement, il lui aura fallu une mobilisation virtuelle, et surtout une reprise dans la presse économique étrangère pour qu'en cinq jours, il tire ce constat. Sur le symbole envoyé, il répond que "devenir riche n'est pas une chose négative", mais insiste sur la redistribution que cette richesse implique (ce qui parait contradictoire avec le fond de cette histoire). 


3 / Est-ce encore de la gauche ? 
Hausse de la TVA, gel du barème de l'IR, un coup de pouce minimal au SMIC, compétitivité envisagée par le seul "coût du travail"... Ce n'était pas le changement de cap économique que l'on espérait.

Questionné sur ses valeurs d'"homme de gauche", Moscovici nous livre son diagnostic sur la victoire de mai dernier : François Hollande ne la doit qu'à la médiocrité du bilan de Sarkozy.

" - C'est parce que c'est difficile que nous sommes là [...] La France est un pays attaché à la gauche, mais pas un pays de gauche.

Nous touchons l'algorithme de base d'une grille de lecture gouvernementale justifiant les choix économiques du moment: l'application d'une politique favorable aux entreprises teintée d'une dimension de justice sociale pour contrebalancer

D'autres questions sont abordées [liens en fin de billet]: la loi bancaire qui prend du retard et se fera en version minimale, la situation grecque (et les récentes avancés obtenues par la France :réduction des taux des banques, rétrocessions des profits bancaires sur les titres grecs...) ou la crise à l'UMP (dont il ne se réjouit pas dans la perspective de 2017 : "On sera jugé sur nos résultats, pas sur leurs déboires"). A un moment le mot "décroissance" est prononcé par une blogueuse intrépide. On sent comme un flottement. Flottement prolongé lorsque lui est posé un "Vous croyez que la Grèce va finir par rembourser sa dette?" à la réponse évasive.

En conclusion, on ne peut pas lui faire le procès de l'incohérence ou du cynisme. P.Moscovici évolue dans les limites d'un système de réflexion dont à l'évidence il se persuade qu'il est le moins pire vu la situation, un système où il y a aucune place pour le doute ou l'alternative : Sans croissance point de salut, sans réduction de la dette pas de marge de manoeuvre. Il assume son action, la revendique, a intégré les reproches. Non ce n'est pas une politique d'austérité, simplement un effort nécessaire avant de pouvoir redistribuer. Il nous pronostique d'ailleurs un "quinquennat inversé": effort d'abord et récompense après.

Et si la machinerie ne fonctionne pas ? Et si la sempiternelle croissance n'est pas au rendez-vous l'année prochaine ? Nul doute qu'il faudra redoubler les efforts de pédagogie. 

Fin de la réunion. Le quartier de Bercy est désert. Je ne recroise pas la dame du métro. La retraitée a probablement bouclé le plan de financement de sa baguette du soir.

Pierre Moscovici nous a reçus plus d'une heure. 
Merci à lui et à son équipe. Ils ne sont pas assez nombreux à proposer ce genre de rendez-vous.

[1] A peine percevra-t-on quelque acidité dans le velours de son discours à l'évocation des blocages au Sénat du Front de Gauche ou des relations avec Arnaud Montebourg.  
[2] Sont présents: @MllePeg_ @politeeks @sebmusset @PolluxeBlog @LaurentPinsolle @Vogelsong @adsaum @Melclalex @custinda @abadinte @Ema_Dellorto
[3] Plus de la moitié du déficit commercial de la France vis-à-vis de l'Allemagne (10 milliards d'euros) serait due à une manipulation des prix de transferts.

Gloire à Jean-François Copé !

Je sais. Écrire sur le feuilleton de l’UMP, c’est s’exposer à une obsolescence ultra rapide de son article. Pourtant au 11e jour des #FeuxDeLaDroite, il convient de rendre hommage à un personnage injustement méprisé: je parle de Jean-François Copé.

Je peux l’avouer maintenant: je souhaitais depuis plusieurs semaines, sans trop y croire, qu'il remporte l’élection interne à la présidence à l’UMP[1]. L'homme avait le potentiel et les casseroles pour accomplir de très grandes choses pour l’opposition. Et, vu le calibre de ses soutiens, sa présidence de parti nous garantissait de beaux moments de n'importe quoi. Les conditions foireuses de sa victoire sur le fil du rasoir et ses rocambolesques prolongations, ont dépassé mes espérances 

Depuis Jean-François n'en démord pas. Contre tous, il se cramponne à la tête d'un parti qui se désagrège moralement, et bientôt financièrement, sous les yeux affolés des éditorialistes. Voir un Calvi, un Barbier, un Giesbert ou un Mazerolle sans analyse cohérente, dépassés par le monstre de nullité qu’ils ont eux-mêmes propulsé là à force de dossiers et de couvertures débiles sur l'Islam, rajoute au délice. Même Eric Le Boucher est à deux doigts de prendre sa carte au PS

Car Jean François Copé, c’est avant tout une œuvre: Le dynamitage d’un parti de l’intérieur en moins d’une semaine et l'aptitude à provoquer un craquage du slip généralisé des lieutenants du premier parti d'opposition et devenant la risée générale.

Dernier rebondissement dans cette saga d’une ingéniosité narrative à faire passer un climax de The West wing pour un épisode quelconque de Chloé Magique: la remise en cause matinale par Jean-François de l’accord de paix arraché hier avec les dents par un Nicolas Sarkozy dont il ne manquait que le retour prématuré pour parachever le désastre à droite. 

Et mate la portée transcendantale du deal : Organiser un vote sur internet pour savoir s’il faut faire revoter les militants avec des bulletins papier. Ça c'est du putain d'enjeu au regard de la crise économique à laquelle les Français font face, le jour même de la publication de la hausse du chômage pour le 18e mois consécutif !

Voilà c’est fait. Copé a aussi ridiculisé Sarkozy, l'idole de son camp. Merci man.

Je vois désormais qu'on le lâche, que les plus grands philosophes de droite tel Mickaël Vendetta, ne se cachent plus pour le flinguer. Et là je dis stop ! Moi, blogueur de gauche, apporte mon soutien à Jean-François Copé et souhaite ardemment qu'il s'accroche à la présidence de l’UMP et se présente, dès maintenant tant qu'on y est, à la présidentielle de 2017.

Expédier l'UMP sous la barre des 10% n'est désormais plus un rêve impossible! Tiens bon Jeff!

[1] Le danger serait d'encenser Fillon en comparaison. A la différence de Copé, l'ancien premier ministre cache très bien son jeu. C'est en cela qu'il est bien plus dangereux.

lundi 26 novembre 2012

Notre univers impitoyable

Le comédien Larry Hagman est mort. Avec lui disparaît le légendaire salopard du clan Ewing, héros de la série Dallas qui a marqué les samedi soir de mon enfance. Au début des années 80, avec son sadisme jovial (relevé par chez nous du doublage bonhomme de Dominique Paturel[1]), le Texan à la tête de l'empire pétrolier hérité de son père cadençait d'un libéralisme décomplexé les foyers français ensuqués dans un étatisme suranné.

Tel l’alunissage d’Armstrong pour les anciens, ou deux générations plus tard le premier atterrissage sur Loana, la diffusion le samedi soir de Dallas est mon premier souvenir d'évènement télévisuel national (alors suivi dans la soirée sur TF1 chaîne publique des "Droit  de réponse" de Michel Polac où l’on s’envoyait du cendrier à la gueule en se traitant de fasciste).  Me restent gravées les errances éthyliques de Sue Ellen ou ce cliffhanger de juin, nous laissant tout un été dans l’attente de savoir qui avait tiré sur JR. 

La série commençait sa diffusion aux Etats-Unis sous l’air Carter, son succès préfigurant peut-être le triomphe de Ronald Reagan deux ans plus tard et de Bush père dix ans après. Débarquée en France en 1981, la série accompagnera, comme un sas de décompression pour certains, le premier septennat de Mitterrand. Derrière le soap de luxe et la perversité suave de ses héros, et bien qu’il n’y soit jamais question de politique, Dallas était un puissant spray des idées libéralesDes hommes de pouvoir aux gros derricks gorgés d'or noir (sans trop de traces d'ouvriers) y écrasent leur prochain. L'argent, qui coule à flot, n'est qu'un outil quotidien pour y affirmer sa virilité. Les femmes ne sont bonnes qu'à dépenser, se faire courtiser, se faire tromper, éventuellement se prendre une rouste car elles éduquent mal leur gamin[2]. Et la famille se saoule copieusement le soir venu pour oublier sa bassesse devant la doyenne du clan dépassée par les monstres qu'elle a engendré. 

Dallas nous apparaissait comme un conte de fées avec de gentils niais broyés par de vils personnages assoiffés de supériorité, évoluant dans un luxe qui, du vert pistache des cabriolets Mercedes aux intérieurs kitchs et surchargés de Southfork, prouvait avant tout leur total mauvais gout et une inculture crasse.

Dallas et son récit des fortunes et infortunes familiales n'ont pas survécu aux années 90 et à la financiarisation de l'économie. Qu'aurait fait JR dans les années 2000 ? Il aurait ses journaux, sa chaîne d'information continue, aurait liquidé "Droit de réponse", délocaliserait, aurait financé la guerre en Irak, pleurerait qu'il paye trop d’impôts et se serait présenté aux élections présidentielles. Notre routine quoi. 
  
Dallas ne fait plus rire ni rêver. Le conte est aujourd'hui une réalité quotidienne. Chaque JT est la démonstration au premier degré du cynisme stratosphérique des capitaines du capital. La ligne de direction des affaires du monde est aux JR. Ils ont open-bar à la rubrique "savoir vivre" dans les médias quand ils ne les possèdent pas. Et s'ils n'y sont pas physiquement, ils peuvent compter sur leurs valets de chronique pour les plaindre ou les glorifier.

Et depuis les séries qui fédèrent à la télé parlent de docteurs et de policiers.

[1] Par hasard attablé à côté de Dominique des années après, j'ai eu le déroutant privilège de me faire demander du pâté par JR.

[2] Du moins les premières années. Au milieu des années 80, l'ordre patriarcal y est bouleversé. Les personnages féminins de la série reprennent leur destin en main et se vengent (c'est d'ailleurs une femme qui tire sur JR).

dimanche 25 novembre 2012

Rire et se taire dans l’arène de la rigueur


Ce samedi soir, ils sont plus d'une centaine assis autour de la scène centrale. Les regards convergent vers le centre d'intérêt du long spectacle télévisé: des invités en promotion. Parmi eux, le lauréat d'un jeu télévisé qui a gagné le droit d'être connu et l'acteur de la semaine qui joue le réalisateur de l'année, un gourou du bonheur et un humoriste en tournée. Tous tournés sur eux-mêmes pour plus de sécurité,  ils sont chahutés par deux journalistes de l'émission et un Monsieur Loyal sulfatant de la joke plus ou moins efficace mais toujours applaudit. Objectif rire. 

Disposé selon l'allure sur de la tribune tape-cul sous une lumière bleue qui le confond dans un camaïeu sombre aux structures de décor, ce public gratuit et volontaire a été briffé à base de petits jeux et de répétitions par le chauffeur de salle. Taper des mains sera sa seule voix. Le chef d'orchestre des clappements compulsifs supervise ses élèves dans l'angle mort des objectifs. De l’allégresse de cette jeune foule ornementale, dépend en partie l'assiduité de la ménagère irradiée de l'autre côté de l'écran. Elle fait ainsi, par procuration, partie d'une conversation se jouant pourtant en cercle fermé.
Au bout d'une heure de bruit et battements de bras, entre dans l'arène heureuse, Jean-Luc Mélenchon. Au milieu de la promo des galettes en plastiques, des livres ou des films à déguster au supermarché du consensus, le chef du Parti de Gauche vient parler politique. Autrement. Trop peut-être. Quand les deux journalistes, prescripteurs de bons points ou préposés au clash, insistent pour que celui ayant fait scission avec le PS quatre ans plus tôt fasse son mea culpa au sujet de son appartenance au gouvernement Jospin (2000 à 2002), il n’esquive pas. Voilà même que l'hérétique  revendique des avancées sociales réalisées sous ce gouvernement:

JEAN-LUC MELENCHON
" - Nous faisions des grandes choses. Car faire les 35 heures sans perte de salaire, c'est une très grande chose pour le travailleur !"

A l'aune de ce qui se passe aujourd'hui, ces mesures concrètes (réduction du temps de travail ou couverture médicale universelle) décidées par un gouvernement socialiste sont une transgression voire une révolution. Voilà qui devrait soulever l'enthousiasme assis des masses d'abord rieuses qui, il y a quelques minutes encore ovationnaient d'une rage mécanique la dernière histoire de Toto par Monsieur Loyal.


Pas même étonnée, l'agora reste atone. Face à la fière justification de Mélenchon, un ange passe. Un chauffeur de salle peut déclencher l'hystérie, stimuler l'euphorie. Il ne peut créer le silence.

La baisse du temps de travail ferait-elle partie du paysage. Serait-elle considérée comme un progrès sur lequel on ne peut revenir comme, euh, les chaines gratuites de la TNT ? Peut-être qu'au pays du chômage, de l'Interim et de l'explosion des temps partiels, elle n'évoque simplement rien pour ce jeune public ? Si Jean-Luc lui avait esquissé les suppressions de RTT qu'impliquerait un retour en arrière sur la loi, peut-être que les disciplinés auraient fait gronder un début de "oh bah non alors, ça va beaucoup moins bien marcher" ? On peut l'espérer, sans toutefois trop rêver d'un grand soir où l'on ne serait plus couché.

Il a beau jeu Jean-Luc Mélenchon de dénoncer par la suite le prêt-à-penser dispensé du matin au soir avec quelques nuances cosmétiques d'un canal ou d'un canard à l'autre par ces prophètes de l'austérité dont l'effort d'hiver, après nous avoir fait pleurer sur les drames fiscaux des grandes fortunes, est de faire admettre au prolo sans qu'il ne gueule trop qu’il coûte trop cher et qu'il lui faudra baisser son salaire

La parenthèse désenchantée est terminé. Monsieur Loyal reprend son rôle et, d'un bon mot, chacun dans le public, reprend soudain le sien: accompagner et nourrir de ses applaudissements commandés les ricanements du moment, et donner trois heures durant, les assourdissantes preuves de son bonheur d'être distrait.


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