dimanche 30 août 2009

Pauvre pomme


Demandons l'avis des anciens au sujet de la taxe carbone...

- "M'en parle pas, on est déjà assez verts comme ça !"
Te répondraient probablement, s'ils étaient encore en vie,
les petits vieux des années 50 à qui étaient destinées les recettes du "fonds national de la solidarité" que le peuple dans sa légendaire sagesse renomma prestement "cette p... de vignette auto qui augmente chaque année !"

Tu m'étonnes... Pauvres vieux, ils n'ont jamais vu la couleur du pactole fiscal censé garantir leur bonheur.


Alors 32,15,25, numéro vert complémentaire 300 euros par tonne rejetée : Si je n'ai pas encore compris ce que les entreprises vont concrètement payer pour cette fumeuse taxe carbone, j'ai bien capté que les ménages, notamment les possesseurs d'une voiture, eux, vont passer à la caisse.


Et oui, mon petit bonhomme en mousse qui t'es bien laissé sculpté à la mode du marché par une décennie de green-marketing. Toi qui par quête du confort, soucis de la nature, contrecoup d'une spéculation immobilière (sur laquelle l'état ce coup-ci ferme les yeux) habite loin de ton travail et ne peut vivre sans deux voitures. Toi qui commande dans une boite malaisienne des sacs poubelles spécifiques pour trois poubelles différenciées en plastique indestructible achetées sur ventes-privées.com ("a coz' ke cé - cher paske y a - de salariés"). Toi qui ne sachant trancher dans le différent existentiel t'opposant au voisin a choisi d'avoir les machines à Senseo ET Nespresso avec leur café en capsules d'alu au prix du caviar. Toi qui (un peu maso sur les bords quand même) est prêt à faire 40 kilomètres en 4-4 à traites pour te procurer à l'hyper du cap de consommation le dernier coffee-table-book d'Arthus-B. t'expliquant comment t'es vraiment qu'une raclure de ne pas sauver la planète :

Ce n'est pas consommer mieux qui pollue moins, c'est consommer moins qui pollue peu.

Alors te taxer sur tes émanations de carbone est-ce une solution à long terme pour sauver la planète ?
A moins que ce soit massif et général, bref que tous en prennent équitablement plein la gueule au prorata de leur richesse et de leur pouvoir de polluer, non.

Restons terre à terre. Dans l'immédiat, la taxe carbone
est une façon "bien vue" pour l'état de récupérer dans le portefeuille des particuliers une partie de son manque à gagner fiscal (par exemple sur cette taxe professionnelle supprimée en 2010, elle, uniquement payée par les entreprises). Elle permet au marché de vendre plus cher, aux mêmes particuliers, une nouvelle gamme de produits dont l'argument promotionnel numéro un sera qu'ils sont moins taxés.

Dans les deux cas, ces incontournables institutions qui t'imposent le bien de la planète pour prélever le tien, n'ont pas intérêt à ce que tu consommes moins. En green-mathématique, cela semble pourtant la seule piste viable pour stopper l'accélération du désastre annoncé.

Vert à moitié vide qui s'en tient à l'éco logique : Vendre et taxer les ventes (mais pas trop et pas trop vite, la taxe carbone étant une sorte de TVU indolore, taxe sur la valeur d'utilisation).

Aujourd'hui que le vert est entré dans le vif rentable du sujet (les classes moyennes), en attendant que les quelques milliards d'humains sur cette planète, rêvant d'atteindre notre embarrassant niveau de confort, prennent le relais de la surconsommation, ce vert là n'est plus discuté. La pollution mondiale n'est pas que de carbone et le monde ne se résume pas qu'à la planète.

Comme les petits vieux du siècle dernier avec leur vignette, je ne sais pas si notre environnement sortira fortifié par cette taxe. Les plus pauvres d'entre toi, financièrement et humainement, assurément non.

T
'apprendre à partager, à recycler, à échanger, à donner, en finir avec ta propension à la bourgeoisie de représentation, ta soif du dernier bidule à acheter à ces compagnies qui te produisent du toujours mieux s'avérant toujours plus vite obsolète ou défectueux : Est-ce vraiment dans le cahier des charges de ceux qui te vendent du "sauvetage de planète" ?


En complément, extrait d'une discussion filmée cet été au sujet de "Home"...


mercredi 26 août 2009

Grippe B, le plan A

De : I.M.V.I.S
A : Collaborateurs du secteur bancaire
Sujet : Comportement à adopter face à l'épidémie de méfiance.

IMVIS - Institut pour le maintien et la vigueur de l’indécence sociale.


Coconut Island, le 25 août 2009


"Chers collaborateurs du secteur bancaire,


A l’approche de la rentrée, en raison de la profonde divergence entre nos réalités et celles de nos clients, le niveau de défiance de l’opinion envers nes institutions bancaires est relevé au niveau 6 sur le sol français.

Les contre-feux Kerviel et Maddoff montrant leurs limites, le semestre de crise se confirmant comme plus bénéfique que jamais pour notre secteur, malgré les efforts de notre médiateur pour empapaouter le client, il convient de se mobiliser pour protéger nos intérêts mais aussi votre intégrité physique.

Malgré l'injection de penthotal G20 et les sept rappels de l'été distribués par le centre Solidarité et soutien (division Faubourg St Honoré) et, à considérer que l'opinion publique a déjà mis à nu la nature placebo du vaccin BMG (bonus-malus-garantis), les risques d’incidents clientèles (avec dommages corporels pour le personnel) sont élevés.

Dans ce cadre :


- Nous inspirant des techniques de présentation de l’information des chaînes d’information continue, l’IMVIS préconise un renforcement du plan BB (Bonasse blonde) dès la rentrée.
Pour adoucir la mauvaise humeur, seront disposées en ligne de front nos salariées les plus BB.

(suggestion de présentation)

- Nous insistons auprès des chefs de section, pour que des tests d'évaluation soient pratiqués en interne pour écarter les BB montrant les signes d'un début d'empathie avec le client.

- Rappelant les codes de nos publicités télévisuelles
anesthésiant la raison pour désinhiber les pulsions d'achat à la con, seront placardées en agence affichettes et calicots avec un message fort : "Nous serons toujours là pour vous aider". C'est dans ce cadre visuel chatoyant que notre opération "endettez-vous aujourd'hui pour rembourser demain votre crédit d'hier" prend tout son sens. Rappelez-vous la ligne clientèle pour 2010 : "One revolving a day keeps the sucker away !"

- Même si le taux de crédules reste élevé, au cas où un client viendrait à placer haut et fort des arguments de droit, voire de morale, seront bientôt mis à votre disposition des vigiles à chien prêts à déchiqueter l'outrecuidant.

Portrait-robot de l'outrecuidant type.
(Si vous voyez cet homme dans votre agence, méfiez-vous, il travaille pour la caméra cachée. )

De plus, dans le cadre d’une stratégie nationale de gouvernance par la flippe, nous renforçons le nombre de caméras de surveillance dans nos agences.
Notre stabilité économique restant toutefois aléatoire dans un contexte mondial morose pour les autres mais pas encore assez bénéfique pour nous, nous réaffirmons les fondamentaux de notre stratégie, nom de code « l'empire contre-attaque » .

A savoir…


Ne rien céder avec les gros et piétiner les petits. Tout prendre et ne rien donner. Les banques d'affaires ne doivent pas faire dans le détail et les banques de détail doivent faire des affaires.

Favoriser les situations merdeuses sur nos pompes à cash préférées : Relever agios et frais divers sur les particuliers. Dans le domaine des frais, nous demandons à chacun d'entre vous un effort d'imagination.

Ne pas donner suite aux multiples demandes de prêts des PME. En aucun cas, vous ne devez vous laissez intimider par l’excuse facile d’un dépôt de bilan. Pas de ça chez nous, les pleurnichards.

Bien sur, conscients des risques de coup de boule ou de décapitation auxquels
vos fonctions vous exposent, nous élargissons notre politique de « Bonus » à l'intégralité du personnel en agence.

C’est pour cela que, dès la rentrée
[1], nous augmenterons vos tickets restaurants de 0.20 cts euros (0.28 $ - 0.13 CHF), augmentation convertible en secondes pour une RTT de votre choix[2].

Dans l'attente de retrouver prochainement les marges d'hier en mieux, nous vous prions chers soldats d'accepter nos considérations les plus éloignées.

La direction reconnaissante."
[1] 2012.

[2] à choisir entre Juillet et Août 2014 sous réserve d’acception de votre dossier, si vous vous montrez conciliant avec votre responsable, à condition que nous n'ayons pas restructuré d'ici là. Frais : 14 euros et TEG à 19,5%.


[update 26.08.09 21.16 : lien backchich.info]

jeudi 20 août 2009

Salarié, upgrade toi !


Vous êtes plusieurs à me demander par courriel s'il n'y a pas une contradiction à critiquer à la fois le salariat et l’auto-entreprise.

C'est le glissement de le société vers l’esclavagisme pur et simple au seul bénéfice d'une poignée au sommet qui me travaille. Sous cet angle, le salarié d'aujourd'hui et l'auto-entrepreneur de demain sont de la même famille, celle des dupés.

D'autres, salariés, me demandent si mes critiques de la casse salariale ne légitiment pas un salariat avec lequel "il faudrait en finir". Je leur retourne la question quant à la date de fin du salariat puisque ce sont eux les salariés et moi qui ne le suis plus depuis des années.


La dénonciation du salariat en tant que modèle unique n'est pas incompatible avec l'exposition des injustices faites aux salariés, au contraire. D'un côté, il y a les objecteurs de conscience du salariat (c'est moi) trouvant ou tentant de trouver leur équilibre spirituel ou financier ailleurs dans d'autres territoires et de l'autre il y a les salariés, ceux qui l'ont été ou qui veulent le devenir, tous s'accordant à dire qu'ils en prennent plein la gueule. Les uns et les autres ont le même intérêt : Tendre vers le bonheur.

Tout dans l'environnement nous conduit depuis des décennies à amalgamer travail avec salariat. C'est comme ça, ça a été autrement, ça changera probablement à force d'exemples et de symboles, un jour mais pas d'un coup.

Industrialisation, avènement de la société de consommation : Le salariat 1.0 était une solution, un kit arrangeant le plus grand nombre.

En contrepartie de son temps donné à un employeur, le salarié était rémunéré selon les termes d’un contrat. Ce dernier lui imposait des devoirs auxquels, grâce aux luttes sociales, le travailleur y a adjoint de plus en plus de droits et de protections.


Le salarié 1.0, espèce en voie d'extinction.
Même s’il semble avoir une prédisposition sinon à la souffrance au moins à la croyance aveugle en des solutions toutes prêtes quitte à souffrir, la mentalité du salarié 1.0 est à la traîne de l’économie mondialisée, passée du capitalisme à la papa au néolibéralisme débridé (a.k.a communisme des hyper riches) en 30 ans soit en un clin d'œil à l'échelle de l'histoire des peuples.

Dans son insatiable logique de rendement, la communauté des hyper riches doit sacrifier les salariés. Pour éviter d'avoir à déployer l'armée (ce qui serait coûteux, ferait des tâches et n'aurait pas l'air très démocratique) rien de tel que de les autosuggestionner à le faire.
A coup de baffes sociales et au nom de la modernité prônée par les entremetteurs (a.k.a présidents de république), simultanément à son aménagement sur le terrain, un salariat 2.0 est progressivement distillé dans les consciences. Le salarié 2.0 ne doit plus se considérer comme une force de travail dans un rapport simple patron / ouvrier mais telle une variable d'ajustement garantissant une marge exponentielle aux entités surnaturelles qui l'exploitent. Dans cette réorganisation à la hache, atténuée par les cabinets de communication et la cascade hiérarchique, le salarié 2.0 devra se penser comme un soldat sans revendication autre qu’allant dans le sens du progrès. Comprendre : Dans le sens de ce rentier qu'il ne connait pas et ne connaîtra jamais.

Le salarié 2.0 se devra d'être tout et son contraire pour un tarif défiant toute concurrence. Exécutant limité dans ses initiatives mais devant justifier ses erreurs, à la fois
athlète soumis à des objectifs inaccessibles et pion transférable sans sommation, il sera une donnée upgradable et corporate à donf' jusqu'à la minute précédant son éjection sur la planète des nigauds dans la lointaine galaxie des indigents sans boulot.

A terme le salarié 2.0 ne devra plus être un salarié.

La métamorphose des consciences étant la plus longue à opérer, le salarié occidental est encore coincé en mi-reformatage, au stade 1.5. Spécialement en France où, par tradition, cette totale mise au placard du cerveau au seul profit de l'internationale du marché est relativement nouvelle.

Cul entre deux mondes, le salarié 1.5 est tiraillé entre un statut plébiscité depuis un demi-siècle comme étant la condition de l'épanouissement (stabilité, enrichissement, socle d'une famille) et son quotidien qui contredit de plus en plus cette carte postale du passé à laquelle à coup de Casimir et de décoration compulsive de son deux pièces cuisine acheté sur 30 ans, il tente de se raccrocher.


Ceux encore épargnés par la misère, expérimentent déjà la précarité des espérances.

Le malaise actuel du salarié n’est pas la conséquence d'une prise de conscience soudaine de sa servitude mais le résultat d'un décalage de perception entre un idéal (sa récompense) où tout baigne, sa réalité où tout coince et un avenir où tout craint.

Le salarié 1.5 est dans l'impasse. Grâce à cette formidable invention à distiller le poison à domicile qu'est la télévision, il a progressivement renoncé à tout ce qui pouvait structurer son univers hors du quantifiable (culture, sens du collectif, sens de la gratuité) pour alternativement activer à coup d'émissions à la con ses désirs, sa dépendance et ses déceptions.

Début 2007, le monarque et ses conseillers ont parfaitement identifié la partie shopping de son malaise, l'indiscutable « manque de pouvoir d’achat » n’étant que la reprise marketing d’une demande de justice salariale habillement tournée pour bénéficier à terme à l’entreprise.

Deux ans après : On ne travaille pas plus mais plutôt plus mal ou plus du tout. Si quelqu’un y gagne plus ce n’est clairement pas le salarié dont la rancœur est renforcée.

Salarié 2.0 : Suggestion de présentation au marché.
La communauté des hyper-riches use donc de sa force de frappe (média et politique) pour promouvoir SON équilibre. Elle suscite alternativement chez un individu qu'elle souhaite de moins en moins éduqué, les peurs, les croyances et les carottes (crédits, propriété, consommation...) pour le pousser à se fondre docilement dans la peau flexible et protéiforme de ce salarié 2.0 pouvant être victime, bourreau, collaborateur, sous-traitant et commanditaire dans la même journée.

A ce titre, les jeux de télé-réalité sont des cours de formation accélérée. Occupant par addiction feuilletonesque le temps libre des plus jeunes, elle façonne leurs consciences aux futures réformes sociales sous l’angle de la stricte productivité : Acceptation de la remise en cause aléatoire et injustifiée des règles du jeu par la bien nommée "production", stratégies provisoires visant à nuire à ses partenaires d'hier, exclusion revendiquée du vilain petit canard pour la cohésion du groupe et expulsion du maillon faible comme condition d’obtention de gain. Gain lui-même unilatéralement remis en cause par "la production" si un comportement inapproprié est observé.

L'évangile y est : "Prends sur toi" ou "tu verras, ça vaut le coup de résister."


Salarié 1.5, tes états d'âme, la communauté des hyper-riches s'en fout ! Tu finiras bien par passer. Tes enfants sont plus intéressants.
Dressés à la télé-réalité, au temps partiel, au larbinage, aux emplois cumulés et à l'absence de protection sociale, ils auront moins de cas de conscience. Pour eux, pas de souvenirs des temps merveilleux des rires et des chants au pays de l'île aux enfants : Ce sera comme ça et pas autrement.

Ne crois pas t'en sortir avec un
"Oui mais moi avec mon boss c'est différent". A force de faire gaffe à rien, à la fin de ta fin, de compagnie il n'en restera qu'une et t'auras l'air bien malin avec ton anti-socialisme télécommandé.

Bigre c'est pas joyeux... Y aurait-il un salariat 3.0 qui pourrait être sympa ?
Dans un monde où par décret la cupidité de quelques uns ne battrait pas la mesure, salarié devrait être la position la plus enviable pour celui cherchant sécurité et tranquillité. Deal équitable, si quelques basiques étaient respectés pour le travailleur, entre autres :

> Le d
roit à une fonction utile et identifiable.
> Le droit de rester dans la même compagnie sans impératif de reconversion perpétuelle.
> Le droit de ne pas avoir à déménager à 1000 kilomètres de chez lui au moindre pet d’un actionnaire à 10.000 kilomètres de là.
> Le droit à un salaire décent. (Et oui, à moins de 3 x le loyer, les emplois seraient refusés !)
> Le droit à un temps libre conséquent et non éclaté.

Le salarié serait un être plus détendu, ne cherchant ni à mater la honte de insolvabilité chronique dans une course sans fin à l'achat ni à compléter ses revenus en cumulant 36 boulots loin de ses proches. Ce serait un mec certes canalisé mais à la cool, un gars pas angoissé dès le vendredi soir par sa rembauche du lundi matin. Bref, un type fréquentable.

Quant à celui qui ne serait pas fait pour être salarié, ainsi serait-il. Probablement bon pour quelque chose, l
a société gagnerait à terme à ne pas le stigmatiser. Elle lui laisserait l'opportunité d'exister et d'expérimenter, le considérant comme un humain et non comme une statistique escamotable.

On en est loin mais le pire pour toi, salarié 1.5, c'est que tu t'en éloignes à grandes enjambées !

Tu culpabilises de ne pas avoir de boulot quand tu ne fais rien, tu as peur de mal faire ou de le perdre lorsque tu en as un. Stressé, déprimé par ton organisation, suicidaire, tu finiras rongé par ton inévitable inactivité.


Éloignement géographique, heures supplémentaires, mutations arbitraires, temps de transport de plus en plus long : A force de te le rabâcher, tu t'es fait à cette absurde idée que c’est à toi, l’humain de chair et de sentiments, de t’adapter à l’entreprise et non l'inverse.
Les plus atteints d'entre-toi s’identifient même à ce truc qu’ils peinent à détailler et qu'ils appellent job où ils sont pourtant remplaçables et non regrettés dix minutes après avoir été remplacés.

I
l y a bien des casual fridays, le CE, les tickets-restos et les bons points du sous-dirlo de secteur mais ton univers professionnel se rigidifie autour d'une concept fort : Ta lente déshumanisation.

Rappelle-toi, les films dans ton enfance te promettaient une société de robots au XXIe siècle. Pour cause de budget, c'est finalement toi qui aura le premier rôle.

Comme je ne risque pas d'être viré (si mon mode de vie a ses contraintes, il a cet avantage), je peux souligner une partie des nombreuses iniquités qui te malmènent mais tu restes le seul a pouvoir presser sur le bouton arrêt d'un processus en train de te broyer.

Si le salariat n'est pas une fatalité, il ne doit pas non plus être synonyme de misère psychique et financière pour ceux qui s'y collent.

Dois-tu en finir avec le salariat, l'accepter tel qu'il se transforme ou l'améliorer en te replaçant au centre ?

A toi de prendre la direction.


Illustration : Capture d'écran du film "I robot" d'Alex Proyas, 2004, 20th century fox

mercredi 19 août 2009

L'important c'est de (commu)niquer

Been there, done that. A l'UMP, on ne change pas une équipe qui perd, on l'interchange. Le coup de com' reste le même : Un gros pipeau monté de toutes pièces avec dans les deux cas la complicité d'élus et de sympathisants UMP.

23 août 2008 :


Un an plus tard, 17 août 2009 :


Merci Rue 89 et rendez-vous au Lidl l'année prochaine !

lundi 17 août 2009

Justice vs internet : la création du possible


Au cœur de l'été, Le canard enchainé nous apprenait que la campagne monarchique de 2012 débuterait à la rentrée par la conquête de l'internet par l'UMP.

Toutes tendances confondues, selon l'estimation que j'ai commandé à Opinion of my way (marge d'erreur + ou - 1%) tout laisse à penser que la toile est à 99% anti-monarque.

Seul son royal Fessebouque, dont le récent assaut par le quatrième âge signe l'arrêt de mort, surnage avec ses rafales de commentaires qui en apprennent long sur l'état mental des troupes.

Débutera prochainement, toujours selon le canard, un site de réseau social à la sauce meetic tout à sa gloire. Un baba au rhum crèmeux pensé par Christophe Lambert.

- "L’acteur ?"

- "Non, non le pubard."

- "Aie."

- "Tu l'as dit. Ça va être encore plus tordant qu'Highlander 3 !"

Bref, après un google bombing pas vraiment flatteur, Laid créateur du possible semble décidé à déboucher au destop le tout à l'égout de la démocratie qu'est internet (copyright Denis Olivennes, l'homme qui murmure à l'oreille des puissants).

L'époque s'annonce rude pour la liberté d'expression.

Avant la prochaine mise au pilori médiatique d'un Coupat du web, rien de tel que de brandir la menace du porte-monnaie au ramassis gauchiste, et majoritairement fauché, qui sévit sur le réseau. Les blogueurs et leurs lecteurs sont les cailloux dans la pantoufle ré-électorale du Roi et, tel le malheureux téléchargeur d'un single de Chantal Goya risquant une descente du GIGN et trois ans de prison, pour terroriser les consciences il faudra des exemples.

Selon ce principe républicain exigeant que nul n'est censé ignorer la loi, Eric Dupin nous apprenait récemment que 99 % des blogs étaient illégaux. Fort de ce constat, il devient aisé pour celui qui a autorité, et dont c'est le métier, de faire pression. On appellera pas ça de l'oppression instrumentalisée mais un devoir de JUSTICE.

Le 4 septembre prochain devant le tribunal correctionnel de Paris, le blogueur-journaliste du site plume de presse, Olivier Bonnet, comparaîtra pour "injure publique envers un fonctionnaire public" [le magistrat Marc Bourragué] pour deux raisons :

- Il est qualifié d'inénarrable. > Je vous laisse apprécier le poids de la calomnie.

- Au terme d'un raisonnement que le blogueur laisse en une jusqu'à l'audience, il met en doute l'indépendance du magistrat dans l'affaire Colonna. Même si ce n'est pas mon domaine d'expertise, je ne vois là aucun délit mais une opinion argumentée, grosse modo le boulot théorique d'un journaliste.

Selon notre législation censée protéger les faibles, Olivier Bonnet risque 12.000 euros d'amende : Jamais dans l'histoire du journalisme on aura payé aussi cher la ligne !

Avocat, frais de déplacement, appel, condamnation : La justice brave gens, même si vous êtes dans votre droit, est une machine à faire cracher du pognon. Et la justice c'est quand on gagne le procès.

Soyons solidaires et vigilants. Sinon, plus court que prévu sera le chemin qui nous amènera au blocage pur et simple des sites gênants par les providers (une fois qu'ils ne seront plus que 3 et que l'on aura un monarque omniscient au pouvoir, mince c'est déjà le cas).

Je vous invite à signifier votre soutien à Olivier Bonnet sur son site et à en parler autour de vous.

illustration : Affiche de Justice for All de Norman Jewison, Columbia 1980

vendredi 14 août 2009

Vois-tu les lumières ?

Bonne nouvelle de l'été : Vous vous êtes rués dans les salles de cinéma en juillet. Un cru exceptionnel il paraît.

Tempérons tambours et trompettes :

Le haut de la liste ressemble à la tête de gondole d’un magasin de jouets. Peu de films français et beaucoup de gros budgets américains.

Bien sur, nous autres crédules spectateurs incapables de citer plus de 3 longs-métrages français sur les 200 produits cette année pour lesquels nous aurions acheté un billet, restons confiants dans les commentaires dithyrambiques des ministres de la culture successifs nous affirmant que le cinéma français ne s'est jamais aussi bien porté.

La majorité des films français ne sont pas rentables en salle. Selon la logique du moment et le vocabulaire d'usage, ce secteur devrait être nécessairement réformé pour devenir moderne et compétitif. Comprendre : Lessivé et entièrement soumis à la loi du marché.

Notre cinéma a t-il vraiment de quoi se réjouir d'un box-office faisant la part belle au cinéma ricain ?

Dans un de ces paradoxes à la française, oui.


Explications.

Précisons que le cinéma français est très réglementé et largement subventionné par l'état via le CNC (centre national de la cinématographie). Les chaînes de télévision ont ainsi l'obligation de contribuer massivement au financement des films. Ensuite, le cinéma est un business sinon lucratif, au moins pérenne, pour la filière locale. Une fois que le producteur a dit au CNC et aux télés "le film va me coûter 100" et que les deux incontournables organismes de financement lui ont filé 75, son boulot commence : Il va tourner le film à son vrai prix : 50.

En retour, pour bénéficier de la batterie d'aides, le producteur a l'obligation de reverser de l'argent dans son seul secteur d'activité, selon un calendrier précis, et donc de régulièrement embaucher. Pas question d’empocher tous les bénéfices pour aller spéculer sur le Nasdaq ou dans l’immobilier à St-Barth. No way. C'est une des raisons du volume considérable de films français produits chaque année.

Est également prélevée sur chaque entrée en salle une taxe pour le financement de nos futurs films.

Une surtaxe est spécifiquement ponctionnée sur les films américains. Ce qui nous amène à la petite contradiction annuelle camouflée par nos ministres de la culture successifs : Une baisse de la fréquentation des films américains profitant aux films français n'est pas une excellente nouvelle. D’un point de vue comptable, c'est du manque à gagner. Encore plus lorsque la performance tricolore s’explique par 2 ou 3 hits (type Bienvenue chez les ch’tis) cachant la forêt des films affichant 15 entrées payantes.

Inversement. Nombreux sont les réalisateurs qui ont pu tourner leur premier film grâce aux entrées de Titanic.

De là à dire que tout ce petit monde aurait tendance à favoriser l'invasion massive sur nos écrans des bouzaces US au lieu de se casser la tête à faire des bons films, c'est un autre débat.

La dynamique des salles est simple mais personne dans le métier ne s’en vante : Pour que le cinéma français continue à bien se porter, il ne faut pas qu’il marche trop bien.

J’ai longtemps ragé contre ce système dont, pour cause de Natural Born fuck you attitude, je n'ai jamais bénéficié mais je constate qu’il fait travailler des techniciens et des comédiens, qu’il permet à des producteurs passionnés de maintenir leur activité, à des jeunes réalisateurs de se lancer,d'expérimenter, aux chaînes d’avoir des programmes en stock et de faire du talk-show via la promo. Bref, il génère de l'activité et, cerise sur le gâteau, peu importe le gouvernement, il rend toujours fier son ministre en charge.

Donc, je m'interroge. Si la profession semble satisfaite de cet équilibre pas vraiment néo-libéral encadré par des lois d'état très strictes, pourquoi ne pas étendre ce type de politique à d'autres secteurs économiques ?

Éducation, santé, logement, industrie, banque : C'est le film à l'inverse qui est actuellement joué.

jeudi 13 août 2009

John Hughes, films et fin


Publiera t-on de longs paragraphes sur John Hughes dans les anthologies du cinéma ? Probablement pas.

Films pas assez classes avec trop de salles de classe et registre trop potache. Le cinéma pour ado est catalogué par les gens du métier au rayon débile et fric facile. Mais c'est parfois plus que ça.

Soyons honnête, à la première moitié des années 80, j'étais pile dans la cible. Mais, au-delà de la nostalgie, Hughes faisait des bons films. Il maîtrisait son sujet (les adolescents) et respectait son audience (encore eux), ce qui est rarement le cas de ce genre de productions. Demandez à Besson.

Souvent (mal) copié, John Hughes a capté une génération et un moment de l'Amérique mais il a trop peu tourné et il fut peu à peu oublié. Sans compter que, justement, c’était il y a une génération. Mise en scène inventive, humour parfois absurde, ses premiers films abordaient sans lourdeur les intemporels atermoiements sexuelo-existentiels de l'ado embastillé au bahut.

Certains lui reprochèrent de raconter des bluettes d’étudiants propres sur eux suintant la classe moyenne triomphante des banlieues WASP à la sauce MTV. Oui, mais il l'a bien fait.

4 films en 4 ans allant crescendo où le cinéaste se coltinait des problématiques pas faciles (faisant l'objet d'une conséquente, embarrassée et souvent stérile littérature) en faisant rire, sans tomber dans la facilité, tirant son spectateur-sujet vers le haut et passant avec succès le test du temps. Ce qui n'est pas le cas pour tout le monde. Demandez à Besson.

La "teen quadrilogie" de Hughes :

- Sixteen Candles, seize bougies pour Sam (1982) : Marivaudage sur le benchmark collégien de la première fois.

- The Breakfast Club (1984), son film emblématique et paradoxalement le plus épuré, huis clos entre cinq collégiens consignés que tout oppose et qui vont dépasser leurs préjugés. En filigrane, Hughes dessine en temps réel un tableau plutôt sombre de l’American-way-of-life des eighties à un moment où personne ne le fait.

- Weird Science, une créature de rêve (1985) est sa comédie la plus débridée, délire nocturne sur la misère sexuelle de deux geeks. A l’aide du vaudou et d’un Commodore 64, ils créent une poupée humaine aux proportions parfaites mais sont débordés par leur création : Elle a un cerveau. A ne pas rater, juste pour la transformation de Bill Paxton en tas de shit géant. On reconnaît un grand réalisateur au soin apporté aux seconds rôles. Chez Hughes, ils sont toujours chiadés.

- Ferris Bueller's day off, la folle journée de Ferris Bueller (1986). Baroud d'honneur de la débauche adolescente qui sent déjà la nostalgie, quelque part entre Le Lauréat et un clip des Chemical Brothers.

Passée l'épilogue policé de son cycle ado, She’s having a baby, la vie en plus (1989), Hughes sent qu'il a fait le tour du sujet, que les films pour jeunes se radicalisent infiltrés par le gros gangsta-rap qui tache et les marchands de jouets, que l’époque n’est plus à la nuance ni à l’amour du cinéma. Redemandez à Besson.

Après deux comédies avec John Candy, Hughes se tourne au début des années 90 vers la production avec plus (Maman j'ai raté l'avion) ou moins (Les visiteurs en Amérique) de bonheur.

"Life Moves pretty fast. If you don't stop and look around once in a while, you could miss it." répétait Matthew Broderick dans la peau de Ferris Bueller. Faire des films avec des gens qui ne pensent que rendement, c'est fatiguant. John Hughes a vécu sur ses licences et resta loin d’Hollywood, dans son Illinois natal, théâtre de chacune de ses histoires.

On retrouve son influence dans les films animés de Pixar ou les comédies d’Apatow type 40 ans toujours puceau. On la détecte aussi dans la nouvelle génération de cinéastes français[1] biberonnés à son cinéma, abordant les mêmes sujets pour un public renouvelé : 15 ans et demi de Sorriaux et Desagnat ou Les beaux gosses de Ryad Sattouf.

John Hughes est mort la semaine dernière à 59 ans... en faisant son jogging.

Soupir et vague à l'âme. Comme on dit, ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers.


> Sélection d'extraits et de répliques par le New-York Times
> le blog d'une fan et de sa relation épistolaire avec le réalisateur
> le blog de 4 réalisateurs qui réalisaient un documentaire sur John Hughes.
> Sur Dailymotion, un des nombreux montages de fan.

[1] A titre personnel, mon premier court-métrage (1991) lui doit beaucoup. Un jour de biture, nous diffuserons cette perle.

Illustration : capture d'écran du film "Breakfast club"

mercredi 12 août 2009

Tu prendras bien une petite reprise dans ta gueule ?


Ami pauvre, n'écoute pas ceux qui, tournant à la coke ou au Figaro (mêmes effets constatés chez les lecteurs UMP), aux beaux jours des indicateurs conjoncturels à peine moins négatifs, squattent de nouveau les ondes de radio et les plateaux télé pour t'affirmer que la crise de la finance en 2009 n'était qu'un mauvais rêve.

Leur hit de l'été : Yippie, c'est la reprise !

Tu auras compris du fond de ta misère crasse, devant de ton plasma acheté en revolving, qu'il s'agit de leur reprise, qu'ils sont de retour, optimistes à la dérive sur l'océan sans entraves des juteuses carambouilles qui repartent comme en 40.

La crise financière est déjà finie pour eux, la crise économique ne fait que commencer pour toi.

Certes, ils ne s'adressent pas à toi mais visent la clientèle encore solvable qui lit Challenges, regarde LCI et vote qui vous savez.

En décodé, ils leur roucoulent un :

"A la bourse, on recommence à se gaver grave.
Si vous aussi vous voulez en croquer, contribuez à notre bonne fortune en achetant massivement nos titres avant que ça s'écroule à nouveau, ce serait cool merci !"

Un jour, il faudra penser à établir un code de déontologie du talk-show : A partir du moment où il possède une seule action, un expert en économie ne devrait pas avoir le droit de s'exprimer sur un plateau. A défaut, établir une signalétique.

Problème, la plupart de ceux que l'on entend dire tout et son contraire suivant l'actualité, travaillent pour des banques quand ils ne dirigent pas carrément des fonds de placement. Comprends que tes réalités, ils s'en balancent. Comme les acteurs de films à gros budget, ils sont en promo.


Toi le pauvre spectateur, ta problématique bien que différente n'en est pas moins corrélée à celle des joyeux experts. D'expérience... plus ils sont contents, plus tu dois craindre de nouvelles misères.

Toi, fonds de roulement du système bancaire, tu as déjà 12 crédits sur le dos.


Hier, sans te demander ton avis, ton état souverain a comblé les découverts des banques qui sous l'impulsion des mêmes experts spéculèrent sur ton dos et n'importe comment. Avec cet argent, ton monarque aurait pu améliorer ton existence, instruire mieux tes enfants, te soigner ou te loger décemment. Rien de tout ça, il a glissé à nouveau des jetons dans la machine à cupides.

Six mois à peine et voilà que les institutions merveilleuses provisionnent
le magot de leurs mercenaires (amis de nos experts, tout cela est un petit univers) : 1 milliard par ci, 20 milliards par là. Il est pas parfait le monde des immondes ?

Le 11 août, sur le plateau de C dans l'air, Marc Touati, Dg de Global Equities, hilare, te ressort le couplet patriotique : "Notre métier c'est de faire de l'argent. Si on en a fait pas, nos traders iront en faire ailleurs."

Plus tôt, ton monarque a agité éthique et moralisation. Bien sur, plus proche de Touati que de toi, il n'en pensait pas un mot.

Nouvelle euphorie des élites de la finance stratosphérique qui soufflent dans la bulle et insolvabilité grandissante des gens plus bas que terre, là-bas dans ta vraie vie.

Alors, il n'y a pas 36 solutions pour que tu arrêtes de subir les pandémies de grippe bancaire (parce qu'une par an, et dans ce concert de bonne humeur je sens que la prochaine est pour bientôt, ça commence à faire beaucoup) :

- La nationalisation des banques.
- ou, là tout de suite, à défaut de tout renverser, imposer à 95% bonus et parachutes dorés. (Il leur restera toujours mille fois plus qu'à toi, ce qui est largement assez.)

En bout de course, si les hystériques ne se remettent pas en cause, il nous restera l'extrême option :

- Le bûcher.


Entre deux pronostics féeriques sur le plateau de France 5, Marc Touati le sent bien. En cas de jacquerie, il prépare son alibi :

MARC TOUATI
Ah non, non... chez Global Equities ne sommes pas des traders... Nous ne faisons que vendre.*

La plus grande qualité de l'expert en économie, c'est d'anticiper les tragédies.

* à 19.45 sur la vidéo.

[billet updaté à 0.48, 13.08.09]

mardi 11 août 2009

Hygiène de l'entreprise


28 avril 2009, fin d'après-midi, Lower Manhatthan.
De retour de l'Empire State, Corinne et Marjolaine marchent le long de la 42e rue des lumières plein les yeux. Passées de Nancy à New-York, y a de quoi être dépaysé.

Les deux collègues de bureau ont profité de l’aubaine du CE : Un vol discount acheté six mois plus tôt et un hôtel de luxe réservé pour pas trop cher parce que chez les amerloques c’est la crise. A New-York, pour quelques dollars de plus, l'espace d'une semaine on peut jouer au riche.

Elles ont tout fait : Le
MOMA, le trou du World Trade, la statue de la liberté, Coney Island, l’immeuble de Friends, l'apple-store pour acheter des coques aux copines, le magasin enfumé aux éphèbes sur la 7e avenue pour ramener des tee-shirts Abercrombie commandés par les beaux gosses du bureau.

Ça fait du bien de se couper des siens.

CORINNE
"Et quel soulagement de ne plus entendre parler du nain ! Il est tellement partout en France que pour être en vacances, il faut partir à 10.000 kilomètres de lui !"

MARJOLAINE

"Oh il a fait des choses biens quand même."

Les deux se désintoxiquent des informercials de TF1. Anyway, la Star Ac' est finie et Koh Lanta n'a pas commencé.

Sillonnant la grande pomme, elles oublient les soucis du boulot et le poids de l’actualité. A Times Square, c’est à peine si Marjolaine remarque le bandeau d’NBC défilant en bas d’une pub Pepsi :

« New swine flu outbreak in Mexico. »

Corinne, elle, commence à stresser. Elle se ronge les ongles à la perspective de retrouver Magali, sa chef de secteur. Plus que 4 jours avant de rembaucher au call-center de la filiale d'un grand assureur.

Magali tenta bien de modifier leurs congés au dernier moment. Corinne s'opposa fermement. Marjolaine était prête à céder, à sacrifier ses billets pas chers mais non remboursables.

Pas de climat anxiogène à NYC. Le chaleureux doorman du Wellington Hotel leur ouvre la porte. Sur l'un des ordis du lobby à moquette épaisse, à tout hasard Corinne consulte ses courriels. L'intitulé de celui de Magali l'inquiète :

"Objet : Hygiène de l'entreprise.

> De : Prévilis Nancy. Ressources Humaines / Responsable secteur.

> Chères collaboratrices,


En raison des alertes au sujet d'une pandémie de grippe A (H1-N1) en provenance du continent nord-américain et, ayant appris par vos collègues que vous étiez actuellement en séjour à New-York, nous vous demandons de ne pas vous rendre à votre poste de travail pour une durée de sept jours à compter de la date de votre retour. Nous vous invitons à consulter au plus rapidement votre médecin traitant.


Veuillez-nous contacter au plus vite pour que nous établissions les modalités d'une éventuelle collaboration externe (télé-travail).
Nous vous prions d’accepter l’expression de nos meilleurs sentiments et vous souhaitons un prompt rétablissement.

Magali Mageulle. Responsable plate-forme.
Sylvie Treblinka, Ressources humaines."

Oublié la compta des minutes, Corinne saccage son forfait. Un appel à l’international depuis son Sapeine 3G : Même sa mère n’a pas eu cet honneur ! On ne badine pas avec le bureau.

Elle tombe sur Nathalie sa collègue de desk. A Nancy, il est neuf heures. On répond tout en miel aux clients arnaqués depuis déjà deux heures.

CORINNE à NEW-YORK
"Mais qu’est-ce que c’est que ce bazar de grippe !"

NATH à NANCY
"T’as pas vu TF1 ? C’est la panique. C’est parti du Mexique à cause des porcs. Ils annoncent qu’il va y avoir des millions de morts."

CORINNE à NEW-YORK
"Mais y en a combien pour l’instant ?"

NATH à NANCY

"Aucun. Mais peut y en avoir beaucoup si on ne fait rien !"


CORINNE à NEW-YORK

"Oh la chiasse ! En plus ma 307 qui est garée sur le parking de la boite. Komenkeujfé pour la récupérer ?"

NATH à NANCY
"Je suis obligé de raccrocher, tu me fais chuter mon TRAC." (NDLR : TRAC = Taux de Réponse A la Con).

Corinne raccroche et fixe, blême, Marjolaine :

CORINNE
"Merde tout de même, c’est grand ce pays : 300 millions d’habitants. Et même si je m’y connais pas trop en géographie, y a qu’à regarder la carte : On est aussi loin du Mexique que de la France !"

Ici l'information, au cas malencontreux où elle entre par une oreille sort instantanément par l'autre. Pas d'envolées lyriques dans les conversations. Certains
n'ont plus de maison, plus de boulot, pas un rond pour se faire soigner leurs caries dont ils vont peut-être mourir, alors grippe du porc ou pas là-dessus : Pas de quoi s'emballer.

MARJOLAINE
"On bosse pour un assureur côté. C'est son métier. Il sait ce qui est bien."

Les deux regrettent d'avoir fait la promotion de leur périple américain dans les couloirs de la compagnie : Fortes probabilités de jalousie dans la secteur de la machine à café.

Les vacances sont gâchées. Les deux derniers jours, Corinne et Marjolaine se calfeutrent dans la chambre d’hôtel à regarder en VO les experts, les évictions des émissions de télé-réalité et CNN.

MARJOLAINE
"C’est dingue ce qu’il y a comme publicité pour les médicaments sur cette chaîne !"

Le retour en France se passe comme une enveloppe d'anthrax à la poste. Leurs valises remplies de coques d'Heil-phone et de tee-shirts Abercrombie, elles franchissent la douane sans décontamination, sans fouille, ni vaccin. Rien.

Airbus, RER, TGV Est, pavillon au milieu des autres pavillons : Elles ont croisé un demi million de personnes dans la journée mais restent au ban de leur société.

Le 1er mai au téléphone, Magali, comme elle le ferait avec un prospect lourdingue, se montre désolée mais ferme :

MAGALI MAGUEULLE
"Ce n’est pas ma faute, je ne fais qu’appliquer les préconisations de la direction."

Chez Prévilis, la rumeur d'une contagion probable se propage comme un mauvais rhume. Pas un collègue ne s'insurge, pas un délégué du personnel n’est alerté. Aux rares pauses accordées par un spadassin de la direction, un "heureusement que cela ne tombe par sur moi" remonte dans les couloirs.

L'assureur bien thuné a pour habitude d'euthanasier les tensions à la source en jetant quelques parachutounets en toc à ses employés : 13e mois, 14e pour les plus persuasifs au combiné.

Chez Prévilis, la peste a plus de chance de se propager que le virus du syndicalisme. Nath voit même des salariés joyeux à l'idée d'être les stars d'un jour du grand spectacle de l'actualité :

LA RESPONSABLE ZONE 4 (secteur déchiqueteuse à papier)
"Tu crois que la télé va venir nous interviewer ?"

D'autres ragent de devoir attendre encore une semaine pour recupèrer coques et tee-shirts implicitement siglés "je suis allé à new-York".


Mardi 2 mai 2009, Zone industrielle, banlieue de Nancy
Après négociation entre Corinne et la DRH sur la procédure de rapatriement des clefs de la 307, Nath les dépose sous enveloppe sur une borne anti-incendie dans le parking à 100 mètres des locaux aseptisés.

Il est convenu qu'une fois la saine rentrée dans les locaux, la paria postée dans le Macdo d'en face les récupérera. L'échange sous haute tension s'effectue sous les regards des employés du blockhaus aux vitres teintées. Nath ne s'attarde pas. Aujourd'hui l'objectif du TRAC : C'est 200 appels. Faut pas traîner.

Les mises en quarantaine attendront une semaine avant de se pointer, certificat médical à la clé confirmant juste un cor au pied pour l'une des deux.

Chez Prévilis, le pitch de la rentrée est bien passé : L'entreprise doit survivre, surtout à ses salariés.

Le terrain est bien labouré : Infantilisation, soumission aveugle à la hiérarchie omnisciente, peur de perdre son emploi, habitude des processus d’évictions injustifiées des émissions de télé-réalité, sensationnalisme de l'information, gestion au poids de l’humain dans les séries américaines type Dr House, Nip-tuck, Experts et Profiler

Il paraît que cet hiver on va morfler, même si pour la moitié de la planète c’est déjà la froide saison depuis plusieurs mois et que l'on y constate aucune hausse de la mortalité.

Pour l'instant pas de quoi (faire) paniquer pour le marché. Qu'importe l'ivresse pourvu que l'on ait le flacon. A défaut d'être efficaces, les vaccins sont prêts. Prévilis et d'autres compagnies postent depuis peu
les procédures de gestion à flux tendu du bétail salarié et de piqûre des bêtes infectées. La tendance automne hiver, mode Bachelot : Dehors les vérolés et que les sains bossent deux fois plus.

Tandis que les attachés de presse traquent le mourant, comme il est écrit dans la nouvelle circulaire Prévilis : Attendons sereinement l'alerte niveau 6.

En début de semaine, les salariés du call center de Nancy ont reçu une nouvelle missive :

"
Chers collaborateurs.

Sans faire de catastrophisme, il faut être conscient des conséquences éventuelles de la grippe A sur notre organisation.

Il faut mettre dès aujourd'hui en application les consignes de précaution et de prévention notamment sur l'hygiène des mains et sur le fait de perdre l'habitude de se saluer par des bises ou de se serrer les mains.


Ce n'est pas pour cela que l'on fera la tête à ses collègues, un petit coucou de loin fera l'affaire et sera aussi convivial.


Magali Magueulle et Sylvie Treblinka."

La fièvre monte chez Prévilis, aujourd'hui le TRAC est à 220.

lundi 10 août 2009

La chanson de l'auto-entrepreneur

(Chant traditionnel français du début du XXIe siècle, ramené par un troubadour accablé à l'issue d'une tournée estivale dans les provinces reculées. Tempo : 140 bpm.)


Courageux auto-entrepreneur.
Tes enfants vont morfler,
quand tu reviens surexcité de ton chantier.
70 kilomètres de routes défoncées.
Tu croyais en avoir fini mais demain tu dois recommencer.
La patronne du jour veut que tu repeignes sa véranda en vert cassé,
Elle dit : "C'est comme ça si tu veux être payé !"

Fier auto-entrepreneur.
Grâce à ton monarque, tu es patron sans rien avoir dépensé.
Tu dis : "J'ai enfin le choix, maintenant je ne me lève que pour moi !"

Et tu démarres au quart de tour dès que le bourgeois claque des doigts.
Quelles que soient les conditions.
Pour toi : Plus de lois, pas de protections.
Taf sur taf sinon plus de maison,
plus de caddies remplis et pour les enfants, pas de Playstation.

Dynamique auto-entrepreneur.
Pour modeler le pays, il fallait juste te séduire.
Salarié, tu refusais la moindre heure supplémentaire.
Aujourd'hui tu te coltines enjoué 74 heures hebdomadaires.
Ton excuse : "Je ne suis pas imposé sur mon chiffre d'affaire !"

Au beau milieu de la France des propriétaires dans la misère,
tu le cries convaincu : "Je navigue dans le système !"
Le système, lui, se joue de toi,
trop heureux de te chasser de ses fâcheuses statistiques.

Triomphant : "Je facture 30 euros de l’heure !"
Mais quand, comme toi, ils seront 1 million,
avec bien moins ou bien plus de qualifications,
jusqu’à quels rabais descendras-tu pour rester dans la compétition ?

Déjà tu t’inquiètes :
"Dans le pavillon d’en face, un autre fait la même chose que moi !"

Frêle auto-entrepreneur.
A trimer comme un forçat, tu perds la santé.
Tes parents ont 70 ans.
Comme eux tu en parais 50.
Tu en as à peine 30.

Quand ton dos sera défoncé par le labeur,
rendu inutile et immobilisé dans la douleur,
Y aura t-il une cellule psychologique pour toi ?
Une aide à domicile, des soins remboursés ?

Exécuteur testamentaire de cette société de services dont tu ne profiteras jamais,
tu es pourtant bien placé pour le savoir :
Pour être servi, il faut de l’argent.

Pauvre auto-entrepreneur.
Si seulement tu pouvais mettre de côté.
Mais non, tout augmente : le coût de la vie comme tes temps de trajets pour rallier tes 1001 chantiers, espèce de pollueur !

Chacun matin dans les bouchons,
Tu te dis : "Le monde est mal fait.
Pourquoi les pauvres et les riches n’habitent pas aux mêmes endroits ?
Pourquoi les riches et les pauvres n’ont pas le même pognon ?"
Grâce à toi, leurs maisons ils en jouissent,
La tienne est un puits à soucis que tu rembourses aux banques qui te menacent de saisie.

Quand il te reste un peu de temps libre,
tu stresses pour ta déco.

Habitué à être le concurrent de ceux qui devraient être tes alliés,
tu convoites ce que veut le voisin qui lui aussi veut t’épater.
Tous comme un, un contre tous et tous en 806 pour aller bosser.

Ambitieux auto-entrepreneur.
Regarde plus loin que le bout de ton nez.
Ne vois-tu pas les grands lignes du tableau que tu dessines à l’encre de chine ?
Tu abandonnes sans broncher ce qu’il a fallu des années de lutte à tes ainés pour conquérir.
Tu perds tant mais tu tempères : "Je n’ai jamais autant gagné !"

Paradoxal auto-entrepreneur.
Tu pestais contre Bush et l’Amérique.
Tu vas encore voter Sarko : Parait qu’à gauche c’est l’immobilisme.
Désormais tu ricanes en écoutant Besancenot et tu es sincère quant tu cites Sophie De Menthon.
Tu ne dis plus : "Je ne gagne pas assez, je suis mal traité !"
Tu affirmes : "Les entreprises sont trop taxées !"
Tu étais alter mondialiste, on pourrait te filmer pour un spot UMP !
Tu rêvais de décroissance, chaque lundi tu pries pour que les affaires recommencent.
Tu te pensais de gauche, pour la collectivité et la liberté,
T'es pas loin de penser que la collectivité c’est plein de feignants et que la solidarité c'est de la concurrence déloyale.
Quant aux syndicats ? Pas ça de chez toi.
En ton domaine, tu es seul roi.

Inventif auto-entrepreneur.
Tu as attendu 20 ans que la droite t’autorise à faire là où elle te dit faire.
Tu saisis souriant la bouée lestée de plomb qu’elle te jette avec ses slogans tout confort.
Réforme ou offre promo, tu es fasciné par les calicots affichant -50%.
Tu ne vois pas que le seul discount c’est toi.
Tout doit disparaître, tes revendications avec.

Citoyen auto-entrepreneur,
pas vraiment non.
Figurant de la démocratie, un dimanche tous les 5 ans,
acteur de seconde zone du marché le reste du temps.
Avec toi pas d'insurrection,
la paix sociale s’achète à la sueur de ton front.

Optimiste auto-entrepreneur,
à la grande joie de tes oppresseurs.
Dans ton bataillon, le nouveau régime fait un carton.
Sacrifié à l’exclusif bénéfice de la productivité,
esclave autorisé, juste bon à facturer.
Tu es content : "Je ne suis imposé qu’à 23% !"

Complice auto-entrepreneur.
Le monarque débarrassé de toi se gausse de ton abnégation.
Tu t’offres sur un plateau à ses amis les nantis,
qui s’impriment tout à tour billets de banque et papier Q à ton effigie.
Victime volontaire d’un crime parfait,
tu fournis ta force de ton travail et son alibi : "J’ai envie de bourgeoisie !"

Dépressif auto-entrepreneur.
Une bonne discussion ou un coup d’œil sur ta comptabilité
et tu finis par l’avouer : "Au fond, je n’ai pas le choix."

Dangereux auto-entrepreneur.
Tes enfants te regardent.
Quel modèle leur offres-tu ?
Tu rêvais d’une économie à la Marx, tu leur construis un monde social à la Mad Max.
Avec des auto-drivés comme toi,
Ils n’auront même pas besoin de dictateur pour filer droit.

Instinctif auto-entrepreneur.
Tu sens bien que ton pays est au bout du rouleau.
Tu espères qu’un jour les gens se réveilleront.
Tu n’as pas encore fait la connexion,
les autres c’est toi.
Mais toi tu es occupé.

Tu es ton auto-bourreau.

Alors, tu n’y penses pas trop,
ça fait chauffer le carafon.
Et tu regardes une émission de déco avant d'aller dormir.
Demain y a boulot.