dimanche 29 avril 2007

DEPASSER LES CLIVAGES ?

Dépasser les clivages ? Je ne vois qu’un seul clivage : celui séparant les riches des pauvres. Aux moyens, aux indécis, aux rêveurs, aux convaincus et autres partisans de choisir en leur âme et conscience auquel des deux univers ils appartiennent.

vendredi 27 avril 2007

DESCENTE RAPIDE AUX ENFERS

Au sujet de la conversation télévisée que souhaite avoir Ségolène Royal avec François Bayrou, Nicolas Sarkozy invente le débat anti-démocratique et use des pressions habituelles pour empêcher presse et télévision d’organiser un tel événement finalement anodin. A écouter les témoignages du peuple à la radio, les Français l’approuvent ! Décidément, la France moyenne est la principale plaie de la France. Taisant ses contradictions, arguant qu’elle est intelligente mais ouvertement manipulée du début à la fin par des médias complaisants ou apeurés, elle plébiscite son futur bourreau au nom du progrès. Qu’il est parfois triste d’être lucide, encore plus de l’être à la place de ses ennemis : d’ici deux années, le cœur de l’électorat sarkoziste, fier et convaincu, sera la premier à pleurer tout ce qu’il aura perdu.

mardi 24 avril 2007

A VENIR...

Ségolène Royal : Suppression des emplois précaires, revalorisation du SMIC.

Nicolas Sarkozy : Revalorisation des emplois précaires, suppression du SMIC

GUEULE DE BOIS ET BRONZAGE

Gueule de bois au lendemain d’un résultat atomisant le peu de reste de confiance que j’avais en ce peuple. L’opéra du mensonge sous la baguette du chef d’orchestre Sarkozy entame, puant de certitudes, son deuxième mouvement.
Dans notre partie de jardin commune, mon propriétaire, le sourire en coin, me lâche :

Alors, c’est à cette heure-ci qu’on se lève ?

Tout est dit sans qu’accusation ne soie prononcée. Je suis la plaie, il est à la voix de l’ordre. Le trentenaire au présent précaire sans parler de son avenir, face au retraité rentier, vivant sur les acquis du siècle dernier, à qu’il reste plus de trente ans à vivre, et dont la supériorité en nombre de sa classe sociale au sein du pays lui garantie un avenir doré et une bonne conscience. Je garde pour moi ce préavis cinglant, raccourci à un mois, que je vais lui lâcher au dernier moment pour cause d’emploi sur la capitale. Deux mois en moins de loyer à la veille de son départ en vacances, voilà qui calmera le bourgeois malgré lui.

Journée à vélo sur l’île de Ré. Vérification chaude de l’avant-dernier chapitre de mon livre. Ils l’ont fait. Sur la plage du gros jonc, les jeunes couples moyens pullulent fiers d’eux. Les fats sont systématiquement affublés de leurs fades progénitures customisées alternativement soucieuses d’attirer l’attention de leurs parents puis de les exaspérer dans un ballet de sons incessants d’une banalité qui se reproduit à l’infini le long de la côte.

Les évènements des dernières quarante huit heures portent un coup certain à mes espérances et à mon désir de m’exprimer que ce soit par écrit ou à travers ces vidéos que depuis quelques mois je poste sur le site de mon alias activiste qui a pris le pas sur ma véritable identité. Avec un résultat d’élection pareil, annonciateur du pire, le mot contestation va prendre sa signification pleine. Les gens comme nous entrerons prochainement dans l’ère de la résistance avec tous les risques et responsabilités que cela impliquera.

Pour l’instant, j’ai perdu tout envie de m’exprimer sur le sujet, fatigué nerveusement par un trop plein d’espoir porté depuis deux ans, précisément depuis ce référendum remporté dont aucun des gagnants n’a su tirer parti - dans tous les sens du terme. Allez pédale encore ! Nous sillonnons l’île des bobos à fort pouvoir d’achat, tentant de tracer notre route entre les 4X4 des privilégiés gavés de peurs et de craintes, arguant que La France doit se réformer au nom de la conservation de leurs acquis et de leur fortune, que c’est là l’ordre du monde, qu’il faut des riches qui ont tout compris, eux, et d’autres à presser jusqu’à l’assèchement complet, des cons.

Au soir des résultats définitifs, les médias entament un nouveau couplet. Le petit score de l’extrême droite serait une grande victoire pour la démocratie. Quel petit score ? J’ai pour ma part l’impression que l’extrême droite est à 30% dans un pays en plein déni de lucidité.

lundi 23 avril 2007

RENDEZ-VOUS AVEC L'HISTOIRE

Nullement perturbé par l’enjeu du soir, je termine d’une traite une fille de pasteur le premier roman de George Orwell, publié en 1935 et déconcertant de pertinence sur les rapports de classes et la tartufferie scolaire.

Je dois m’y prendre à deux fois pour aller voter, le bureau de mon petit village est pris d’assaut vers 13 heures par les jeunes couples à poussettes et les retraités en habits du dimanche qui se mêlent dans une connivence mielleuse qui me fait craindre le pire.

Retour sur la terrasse, lecture des propos d’un philosophe sous Prozac de Frederic Schiffter. Petit essai bien senti qui a le mérite de ne pas s’appesantir, contenant un excellent chapitre sur la déliquescence de l’école dont le but n’est pas d’instruire mais de le faire croire.

Je repense à ces derniers mois de campagne présidentielle, à mon retour en France, à ma découverte en Angleterre non de mon sentiment patriotique mais d’une conviction que La France, malgré la mauvaise conscience dont l’élite essaye d’accabler le peuple, se doit de résister à la grande entreprise de digestion néo-libérale. Je suis revenu en France parce que, des Etats-Unis et de l’Angleterre, il m’apparaissait soudain que mon pays malgré ses impasses est encore une terre de liberté où le champ lexical n’est pas exclusivement connecté aux valeurs marchandes, à la spéculation, au travail bref à l’argent.

C’est peut-être parce que j’ai connu, il y a plus de dix ans déjà, la vie moyenne d’un américain moyen, content de lui, de ses mortgages, de son travail de service effectué sans passion, de ses heures de télévision le soir devant des programmes débiles pour oublier, de son esclavagisme en quelque sorte, que je vois clairement le danger que représente pour l’intellect individuel et national un monde connecté à 100% à la pure logique du marché. Certes, la liberté d’expression existe aux Etats-Unis comme en Angleterre mais les esprits sont lessivés, expurgés par trente années d’American way of life de toute volonté d’initiative autre que productive, qu’ils n’écoutent plus. Pourquoi faire, ça ne rapporte rien ! C’est dans ce monde là, la version Ikea-Bébé confort du 1984 d’Orwell que La France veut sombrer ? Critiquant à longueur d’années l’Amérique et ses habitants, les Français secrètement honteux de ne pas être nés là-bas, les plus jeunes comme les plus vieux, gavés dès le biberon à l’iconographie hollywoodienne, la génération Friends et la génération Johnny Hallyday se rejoindraient pour voter moderne ? La modernité, ce vieux rêve du progrès permanent basé sur l'espoir et la crédulité.

Je reçois les premiers résultats vers 18h30. Bonne nouvelle : les Français ont voté en masse. Mauvaise nouvelle : ils ont voté ce que l’on leur a dit. S’ajoute une nouvelle qui ne manquera pas de réjouir l’aristocratie des bonnes âmes, le front national, vidangé d’une partie hard par Sarkozy et de sa partie la plus timide par Bayrou, victime d’une forte participation, semble se diriger vers un mauvais score.

20h00, c’est sans appel :

Sarkozy : 31,06 %
Ségolène Royal : 25,74 %
François Bayrou : 18,54 %
Jean-Marie Le Pen : 10,58 %

Sur fond de pouvoir d’achat donc de désir de consommation, La France des poussettes et celle angoissée par ses retraites a condamné le scrutin. Logique, la démocratie c’est, plus que jamais, la loi des plus nombreux. Maigre consolation, la droite à l’aspartame est dégagée dans les cordes. Je reste naphtalisé dans ma ouate pour la soirée par des résultats qui assomment. Les cris de détresse de ma conscience s’entrechoquent. Quand même, 30% pour Sarkozy ! Comment ne voient-ils pas ? Et dire que ce type sera encore au pouvoir quand j’aurai quarante ans ! Il n’annonce que douleur. Finalement c’est bien, ça va être le bordel ! Et si ça ne l’était pas ? S’ils se couchent gentiment comme les Anglais et les Américains ?

Le deuxième tour opposera donc Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal. Bonnet gris et blanc bonnet.

Comme je l’ai dit récemment à quelqu’un de proche qui me provoquait sur mon choix de vote : il n’y a que la destruction qui m’intéresse. Certes, c’était un peu excessif mais je constate que face au tas de glaise modelé par strates quotidiennes de débit télé, les idées alternatives doivent souvent être assénées à coups de poings verbaux. J’entendais par destruction, la destruction de ce système pyramidal là et de sa logique de rendement exponentiel basé sur l’exploitation des plus pauvres. Ces derniers étant sciemment, et avec leur complicité bienveillante, maintenus par l’élite dominante dans un état de précarité sociale et intellectuelle. Dans cette optique de destruction, il serait logique que j’aille voter Sarkozy au second tour histoire d’accélérer le chaos. Mais à vrai écrire, j’ai plus peur du peuple que de Sarkozy. Et rien ne me dit, surtout pas le score élevé du chef de l’UMP, que le peuple ne soumettra pas au plus vite à sa logique néo-libérale sous le prétexte habituel que c’est comme ça et qu’il n’a pas le choix. Le déferlement de violence tant attendu laissera place au train-train quotidien du salarié stressé, du va et vient des trains de banlieue et du dynamisme d’une croissance retrouvée. On laissera la violence à quelques ghettos stigmatisés et le temps de cerveau populaire aux nouveaux marchands du temple. Et après ? Rien, on rejoindra le rang sans véritable espoir d’en ressortir dans un futur proche. Après des années de retenu, enfin libérée et libéralisée par Sarkozy, La France sera pire que les Etats-Unis et l’Angleterre réunis.

La croissance retrouvée, l’âme perdue.

Pour une fois, je serai du coté de la vie. De la mienne peut-être ? J’irai donc voter Ségolène. L’autre nazi-la-névrose, je ne peux vraiment pas.

vendredi 20 avril 2007

MONTEE DE FASCISME ET FORMATAGE DE L'INFO EN EUROPE

A l’approche des élections, deux sondages équivalents en France et en Angleterre sont publiés. Ils mettent simultanément à jour, sur un ton apeuré, une éternelle évidence : l’adhésion idéologique d’un tiers de la classe populaire aux partis d’extrême droite. L’information télévisée décline ses scories habituelles* : meurtres et viols locaux par des repris de justice en libération conditionnelle, crainte des débordement d’émeutes, peur du terrorisme, réchauffement climatique expliquant ces hivers maussades qui n’en finissent jamais et ces étés de plus en plus longs, inquiétante montée du racisme et les résultats détailles des championnats de foot - à ce propos le football reste le seul domaine culturel et informatif, dernier dénominateur commun des demeurés, qui soit couvert d’une façon exhaustive d’un côté ou de l’autre de La Manche, les deux pays s’échangeant les images de leurs championnats respectifs -.

* avec un net avantage aux chaînes anglaises pour l’habillage sobre, le soucis du cadre et la composition des reportages systématiquement scénarisés.

SIGNES DES TEMPS


"Votre Mercedes ne suffisait pas, espèce de morveux ? Vos colliers en or ne suffisaient pas, espèce de snobs ? Vos fonds d'investissement ne suffisaient pas ? Votre vodka et votre cognac ne suffisaient pas ? Toutes vos débauches ne suffisaient pas ? Cela ne suffisait-il pas pour satisfaire vos besoins hédonistes? Vous aviez tout".

Rien à redire, c’est d’une justesse absolue. A défaut de leur tirer dessus car nous n’en avons pas le courage ou l’opportunité, éloignons-nous du cortège des vierges effarouchées. A l’inverse des pleureuses qui enrobent ce genre de faits-divers - qui sont des faits de société - dans un linge psychiatrique, ce qui m’étonne au contraire c’est que, compte tenu de la médiocrité ambiante de l’époque, il n’y ait pas de carnage de la sorte quotidiennement. Qui est le plus fou, celui qui prend les armes et choisi son destin ou celui qui ne fait rien, baisse la tête et poursuit, impuissant volontaire, le minable chemin qu’on lui a tracé ?

Virginia Tech Shooter Video Message 1
envoyé par zz2excite

lundi 16 avril 2007

LES LEZARDS

Depuis qu'il sait qu'il doit quitter les lieux, la terrasse est à l’abandon. Les longs épicéas qui l’isolaient du village bourgeois qu’il surplombe avec un gai dédain qui ne se sera jamais démenti, sont presque tous renversés. Ils agonisent entre les éclats de pots cassés et les monticules de terre éparpillés sur les caillebotis branlants où s'aventurent quelques lézards, une famille me dit-il. L’endroit est poussiéreux, parsemés ça et la de pages jaunies des exemplaires de Libération volés les semaines passées.

GRAND FRANÇOIS
Chaque jour, je vole deux euros en supermarché, c’est mon devoir de citoyen.

La discussion est à l’image de l’endroit : une terre brûlée sans espoir de repousse. Que peut-on effectivement espérer du moment ? Au bout de la période de latence que le pays traverse jusqu’au scrutin de dimanche prochain y a t’il vraiment un espoir ? Bizarrement, les propos eugénistes de Sarkozy, les nouvelles ratonnades policières, l’humour « au karcher » de Rachida Dati, aucune polémique n’accroche. Les médias sont au pas et le peuple, après valse hésitation, s’en retourne sur ses acquis, chacun dans son camp et la haine pour tous. Comme il y a cinq ans, la donne se résume ainsi : un français de gauche pour trois de droite dont deux d’extrême.

La parole pas plus que la raison ne sont utiles dans une société à l'indécence vulgaire. Les tranchées séparant les Français riches de ceux pauvres, salariés sous contrats et précaires esclaves, actionnaires et larbins de rentiers, propriétaires de résidences secondaires et allocataires Rmistes survivants en caravane, fonctionnaires aux trente-deux heures et stakhanovistes des heures supplémentaires, « français de souche » méprisés et « immigrés de troisième génération » toujours pas intégrés, partisans du dialogue de raison et croyants aveugles de tous horizons, communautaires et républicains, l'élite et la plèbe se ravinent jusqu’à l’abîme. L’abcès barbare a besoin de vider son pus. Il faudra y passer. Comme à chaque période violente qu’a du traverser ce vieux pays, le peuple essoufflé soupire en silence : qu’on en finisse vite. Certains, la plupart, entendant le mot « rupture » y voient un « nouveau départ », d’autres y devinent un aboutissement, la finalité de toute démocratie : le totalitarisme.

Cet après-midi, un seul mot peut résumer la France de demain : Apartheid.

Et quand bien même, un sursaut de raison secourait le peuple ; nous savons tous, inconsciemment ou pas, que ce pays attend sa « rupture », la vérification du slogan du chef de file de la barbarie en marche. Le peuple veut toucher la flamme nationale, au risque de se brûler. Le peuple veut savoir si, vraiment, tout est possible. Alors, profitons de ce soleil imprévu comme de cette démocratie accidentelle à l’échelle de l’histoire de l’humanité. J’enlève mon tee-shirt et nous poursuivons l’interview. J’enclenche une deuxième cassette dans la caméra. Je ne sais à quoi tout cela me servira. J’écoute là, cet après-midi sur le vieux banc en tek défoncé sur la terrasse au glorieux passé, le testament d’un siècle évaporé.

GRAND FRANÇOIS
Mes lézards me manqueront.

jeudi 5 avril 2007

BREVE D'ECOLO

Devant Hulot, sur le place du trocadèro. Petit échange entre deux écolos.

- A ton avis, quelle est la plus grande menace pour l’homme ?

- Les asticots. Tu verras, ils finiront par nous bouffer.